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Vente de gibier dans les restaurants : les chasseurs mécontents

04/03/2014 05:40 EST | Actualisé 04/05/2014 05:12 EDT

Le projet-pilote du gouvernement Québec permettant à une dizaine de restaurants de servir de la viande sauvage, pendant une semaine l'automne prochain, ne fait pas l'affaire de la Fédération des chasseurs du Québec.

Le projet-pilote a été annoncé par le ministre de l'Environnement, Yves-François Blanchet, la semaine dernière. Le chef propriétaire du restaurant montréalais Toqué!, Normand Laprise, présidera le comité d'experts chargé d'élaborer les règles entourant la mise en marché du gibier québécois. Les balises entourant la traçabilité et la salubrité des produits seront connues d'ici l'automne.

Or, la Fédération des chasseurs du Québec craint que cette mesure n'entraîne la « commercialisation de la faune ».

« C'est le principe des chasseurs commerciaux qui vont aller dans la forêt profiter de l'ensemble d'un bien collectif pour en faire un profit personnel pour certaines gens, c'est ça qui met le monde en fusil », a expliqué Pierre Latraverse, président de la fédération.

Il ajoute que la majorité de la population ne bénéficiera pas du projet-pilote de toute façon, puisque les restaurants choisis sont haut de gamme.

À Montréal, les restaurants Toqué!, Pied de cochon et Maison publique ont été choisis. Des établissements de Québec, du Bas-Saint-Laurent et de Charlevoix participeront aussi à l'expérience.

Pour Normand Laprise, il s'agit d'une belle occasion de mieux connaître nos produits québécois.

« C'est ça qui est stimulant d'avoir une semaine par année du gibier sauvage. C'est extraordinaire que d'avoir un cerf ou deux à cuisiner, ça va être le plaisir pour nous d'avoir quelque chose d'authentique. »

Balises claires

Le ministre de l'Environnement ne croit pas les inquiétudes de la Fédération des chasseurs soient motivées, puisque très peu d'animaux seront tués pour la semaine du projet. Des chasseurs et trappeurs choisis à l'avance fourniront les castors, cerfs, rats musqués et lièvres aux restaurateurs.

« On exclut une libéralisation de la chasse qui pourrait être faite sur le marché dans les grandes surfaces, c'est pas du tout là qu'on s'en va, mais on vise une augmentation progressive », a-t-il expliqué. M. Blanchet rappelle aussi que, par exemple, seule une douzaine de cerfs de Virgnie, qui proviendront de l'île d'Anticosti, seront tués pour la première année.

Normand Laprise ajoute aussi que la vente ponctuelle de gibier dans les restaurants de la province pourrait aider à gérer les populations animales.

« Si on a une surpopulation de 10 000 bêtes dans un territoire, bien on pourra en tuer pendant 2 ou 3 ans. » Et lorsque la population redeviendra normale, la chasse cessera et on passera à un autre animal, selon lui.

Pierre Latraverse croit que cette perspective ouvrira la porte à des abus. « Qui va empêcher quelqu'un de vendre son cerf de Virginie ou son orignal à un restaurateur? »

Avec les informations de Jean-Sébastien Cloutier

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