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Libération du Tunisien emprisonné pour des caricatures du prophète

04/03/2014 04:22 EST | Actualisé 04/05/2014 05:12 EDT

Jabeur Mejri, un Tunisien emprisonné depuis 2012 pour avoir diffusé sur internet des dessins et écrits jugés blasphématoires, a été libéré mardi au grand soulagement de ses défenseurs qui le considèrent comme le premier prisonnier d'opinion d'après la révolution.

Condamné à sept ans et demi de prison pour la diffusion de ces dessins et textes en 2012, le jeune homme de 29 ans a été libéré mardi soir près de deux semaines après une grâce présidentielle, a indiqué son avocat à l'AFP.

"Il est chez lui à Mahdia. Il est bien installé", a indiqué Me Ahmed Mselmi, précisant qu'il était arrivé chez lui peu avant 20H00 GMT.

Cette libération intervient après un ultime imbroglio. La présidence avait annoncé le 19 février la grâce du jeune homme, mais il avait été maintenu en détention en raison d'une mesure de détention provisoire surprise prononcée dans une mystérieuse affaire de détournements de fonds.

L'avocat a fait appel de ce placement en détention et la justice lui a donné raison, si bien que M. Mejri a été libéré.

Me Mselmi a par ailleurs indiqué que des dispositions avaient été prises pour assurer la sécurité du jeune homme, menacé selon lui par la mouvance salafiste.

"Le gouverneur (de la région) est responsable de sa sécurité. On lui a parlé pour qu'il assure sa sécurité. Jabeur sera tout à fait tranquille chez lui", a insisté l'avocat.

Selon lui, M. Mejri est libre de ses mouvements, ce qui permettrait en théorie qu'il quitte la Tunisie. Son ami Ghazi Beji, condamné à la même peine pour les mêmes faits, a fui la Tunisie avant le verdict de mars 2012 et a obtenu l'asile en France au terme d'un long voyage à travers le Maghreb et l'Europe.

Jeunes chômeurs de Mahdia (150 km au sud de Tunis), les deux hommes ont été condamnés pour avoir diffusé sur internet des textes et dessins considérés comme insultants pour l'islam et le prophète Mohamed.

Le code pénal ne réprimant pas le blasphème, ils ont été condamnés notamment pour trouble à l'ordre public et atteinte à la morale.

M. Mejri reste cependant poursuivi pour détournements d'environ 760 euros à la SNCFT (chemins de fers tunisiens), une affaire qui remonte à l'époque où il travaillait à temps partiel au guichet d'une gare.

Ni Me Mselmi ni la famille de Jabeur Mejri, pas plus que son comité de soutien ou la présidence tunisienne n'avaient été informés de l'existence de cette affaire jusqu'au 19 février.

Le Comité de soutien du jeune homme a salué mardi la libération, tout en insistant sur la nécessité de le réhabiliter.

"Si cette mise en liberté est une nouvelle de première importance (...) le Comité de soutien restera actif tant que l'ensemble des charges retenues contre Jabeur Mejri seront maintenues, et tant que Jabeur Mejri n'aura pas été réhabilité", a-t-il indiqué dans un communiqué.

Plusieurs ONG et militants des droits de l'homme se sont mobilisés pour le cas du jeune homme.

Pour Amnesty International, M. Mejri est le premier prisonnier d'opinion en Tunisie depuis la révolution de janvier 2011 qui chassa le régime de Zine El Abidine Ben Ali.

Ces organisations soulignaient que sa détention était aussi en contradiction avec la nouvelle Constitution tunisienne adoptée en janvier et qui garantit les libertés de conscience, d'opinion et d'expression.

Le Comité de soutien s'inquiète toujours de l'affaire de détournement visant M. Mejri, y voyant un retour aux méthodes du régime déchu.

"Renouant avec la tradition tunisienne des procès d'opinion de l'ère Ben Ali, un motif de droit commun (est) donc invoqué pour justifier le maintien en détention d'un prisonnier d'opinion", souligne-t-il.

Le président Moncef Marzouki, un militant des droits de l'homme exilé à l'époque de Ben Ali, a longtemps refusé de libérer Jabeur Mejri, en mettant en avant le risque que cela représentait compte tenu de l'essor de groupes jihadistes depuis la révolution.

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