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Le FMI sous pression en Ukraine

04/03/2014 12:45 EST | Actualisé 03/05/2014 05:12 EDT

Le FMI peut-il dire non à l'Ukraine? Appelé à la rescousse par Kiev, le Fonds monétaire international est pressé de toutes parts de donner son feu vert à un plan d'aide, au risque d'entamer sa crédibilité.

La tâche de l'institution n'a rien d'aisé. Ses experts, qui entament mardi à Kiev leurs discussions avec les autorités, doivent disséquer l'économie ukrainienne et dessiner les contours d'un plan d'aide alors que le pays s'enfonce dans l'instabilité et assure être au bord de la banqueroute.

Un feu vert du FMI à un prêt semble n'être qu'un horizon lointain mais la pression sur l'institution est déjà tangible. Dimanche, les ministres des Finances des sept pays les plus industrialisés du G7 ont souligné que le FMI était le "mieux préparé" pour soutenir financièrement l'Ukraine.

Premiers actionnaires du FMI et partisans du nouveau régime à Kiev, les Etats-Unis ont, eux aussi, indiqué à plusieurs reprises que le Fonds devait être le "coeur" d'un plan d'aide à l'Ukraine.

Autre poids lourd du Fonds, l'Europe est sur la même ligne. "Aucun Etat-membre ne bougera sans évaluation des besoins financiers de l'Ukraine par le FMI", a certifié une source européenne.

Le Fonds a déjà dit qu'il était "prêt à répondre" à l'appel ukrainien mais il doit composer avec ses règles de fonctionnement et veiller à ne pas froisser certains Etats-membres qui reprochent à l'institution d'avoir parfois cédé aux pressions de l'Occident.

Aux termes de ses règlements internes, le FMI ne prête de l'argent à un pays qu'en échange de mesures d'austérité et que si l'état des finances publiques lui garantit de pouvoir être remboursé.

Mais ces règles ont en partie été malmenées lors du premier plan d'aide à la Grèce en 2010, sur fond de pression politique et de panique sur un effondrement de la zone euro.

En 2013, le FMI a lui-même admis avoir alors donné son feu vert sans que ses experts puissent garantir que la dette grecque était "viable".

- Le parallèle entre Grèce et Ukraine a ses limites -

Le parallèle entre la Grèce et l'Ukraine a ses limites. La dette accumulée par Athènes atteignait 142,8% de sa richesse nationale en 2010 alors qu'elle ne devrait être que de 44,7% fin 2014 en Ukraine, selon le Fonds.

Mais certains redoutent toutefois que le FMI ne cède une nouvelle fois à la pression de ses puissants actionnaires.

"Le FMI doit préserver sa crédibilité en se gardant d'enfreindre ses propres règles", a déclaré à l'AFP le représentant brésilien au conseil d'administration, Paulo Nogueira Batista, précisant s'exprimer à titre personnel.

"Le Fonds ne peut pas se permettre d'être vu comme un instrument politique" aux mains des Américains et des Européens, a-t-il ajouté.

L'Ukraine n'a par ailleurs pas très bonne presse au FMI. Le pays doit déjà rembourser 4,5 milliards de dollars au Fonds d'ici fin 2015, et a vu un précédent programme d'aide interrompu en 2011 après le report de certaines réformes.

Cette crainte reste présente aujourd'hui alors que l'autorité du gouvernement reste fragile. "La capacité du gouvernement à appliquer un programme de réformes est une préoccupation de tout un chacun", confie à l'AFP une source interne au FMI.

Contacté, le Fonds n'a pas souhaité faire de commentaires et a renvoyé aux déclarations de son porte-parole jeudi. Celui-ci avait assuré que l'institution agirait en Ukraine en toute "indépendance".

En interne, on reconnaît que les pressions sont "énormes", tout en assurant que le Fonds saura y résister.

"Le FMI est face à une situation exceptionnelle mais on ne se précipite pas. Il y a une volonté d'agir sereinement, en respectant la procédure", certifie à l'AFP une autre source interne.

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a déjà récusé vendredi toute action dictée par la "panique" et estimé ne rien voir "d'alarmant" dans l'économie ukrainienne.

Selon Desmond Lachman, ancien cadre du FMI, les Occidentaux doivent mettre la main à la poche s'ils veulent aider l'Ukraine en urgence sans entamer le crédit du FMI. "Si les Occidentaux veulent donner de l'argent à l'Ukraine, cela devrait venir de manière bilatérale de la part des principaux protagonistes. Le FMI doit, lui, négocier son propre programme", affirme-t-il à l'AFP.

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