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Démantèlement d'un réseau près de Milan, avec à son centre un "nouveau type" de mafia

04/03/2014 10:58 EST | Actualisé 04/05/2014 05:12 EDT

La police italienne a annoncé mardi le démantèlement d'un réseau de blanchiment d'argent sale, décrit par un magistrat enquêteur comme "un nouveau type" de mafia basé sur une coopération étroite entre les criminels et des entrepreneurs ayant pignon sur rue.

Giuseppe Pensabene, le chef du réseau était surnommé le "pape", le "souverain" ou parfois "la Banque d'Italie" parce que ce membre d'un clan de la puissante Ndrangheta, la mafia calabraise, dirigeait un groupe spécialisé dans l'usure et l'extorsion de fonds, à Seveso, près de Milan et gérait une sorte de "banque clandestine".

La particularité de son activité est que certains entrepreneurs étaient devenus des membres du réseau qui bénéficiait aussi de la complicité d'employés des Postes et de banques.

Selon un communiqué de la police, 34 mandats d'arrêt ont été émis pour association mafieuse, extorsion, corruption, blanchiment d'argent. La justice a parlé d'un total de 40 mandats. Des biens immobiliers et mobiliers pour plusieurs dizaines de millions d'euros ont été saisis dans toute la Lombardie (région de Milan).

Selon le juge de Milan Simone Luerti, Pensabene se qualifiait lui-même de "blanchisserie" dans le sens où toutes les activités qu'il menait servaient à "blanchir" l'argent sale des clans calabrais et de ceux qui se sont implantés ces dernières années en Lombardie.

L'argent blanchi était réinvesti dans la construction, les transports, les énergies renouvelables, l'industrie nautique, le catering, et une partie était destiné aux familles de mafieux emprisonnés.

"Si cette organisation liée à la Ndrangheta a réussi à devenir aussi puissante, c'est à cause de la complicité d'entrepreneurs et d'autres personnages qui n'avaient en théorie rien à voir avec ces milieux criminels", a souligné devant la presse Alessandro Giuliano, chef de l'unité d'intervention de la police milanaise.

Mais, a-t-il ajouté, "même si l'organisation utilisait des techniques sophistiquées par exemple le recours à des brokers pour la gestion du patrimoine, elle n'oubliait pas les méthodes mafieuses comme l'intimidation et le recours systématique à la violence".

La division anti-mafia de Milan a enquêté pendant des mois sur ce réseau en utilisant des écoutes téléphoniques et des caméras cachées.

Dans un enregistrement, Pensabene recommande à ses acolytes de "s'infiltrer, de s'agripper à tout comme des poulpes avec leurs tentacules". Selon le juge Luerti, les activités illicites du réseau ont généré des "centaines et centaines de millions d'euros".

"La donnée nouvelle et préoccupante, c'est l'imbrication entre la mafia et les entreprises. Pour certains opérateurs économiques, la mafia est une contrainte mais pour d'autres elle est une opportunité", a-t-il dit.

"Tous les entrepreneurs qui entraient en contact avec l'organisation de Pensabene étaient au courant de sa nature criminelle. Ceux qui faisaient l'objet de menaces et intimidations ne les dénonçaient pas. Une nouvelle figure est apparue: l'entrepreneur qui est absorbé par l'organisation" mafieuse, a souligné le journal Fatto Quotidiano.

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