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A Kiev, les volontaires pressés d'être enrolés pour combattre les Russes

04/03/2014 10:35 EST | Actualisé 04/05/2014 05:12 EDT

Roman Sourjikov passe la porte du centre de recrutement de l'armée ukrainienne, à proximité du centre de Kiev, et s'adresse d'un ton timide à l'agent d'accueil. "Est-ce que la mobilisation a été déclarée ?"

La réponse est négative: pour l'instant, seule une partie des réservistes de l'armée ukrainienne a été appelée en renfort. Le jeune homme, âgé de 33 ans, n'est pas de ceux-là et il est prié de revenir quelques jours plus tard pour laisser ses coordonnées.

Après plusieurs jours d'affluence, le bureau chargé de gérer les obligations militaires des jeunes appelés, a d'ailleurs cessé d'accueillir les volontaires et décidé de ne rouvrir que jeudi.

"Il est évident qu'une intervention est en cours sur le territoire de la Crimée et il n'est pas exclu qu'il y en ait une aussi ailleurs sur le territoire ukrainien", explique Roman pour justifier sa visite au bureau militaire. "Dans ce cas, je voudrais participer à la lutte".

"Je ne peux pas dire que j'en ai envie, mais s'il doit y avoir une guerre, c'est mon devoir. Il faut défendre le pays", ajoute-t-il prévenant qu'il y a en Ukraine "dix millions d'hommes pour prendre les armes".

L'armée ukrainienne a été mise en alerte après la prise de contrôle d'une grande partie de la Crimée par des forces russes et le feu vert du Parlement à Moscou à une éventuelle intervention militaire dans l'ex-république soviétique.

Le secrétaire du Conseil national de Sécurité et de Défense Andriï Paroubiï a appelé dimanche à la mobilisation de "tous les réservistes, dans toute l'Ukraine, dont les forces armées d'Ukraine ont besoin à l'heure actuelle".

Cet appel ne correspond pas à une mobilisation générale mais il a entraîné un mouvement vers les bureaux chargés de l'organisation du service militaire. Dans plusieurs régions du pays, les médias ont diffusé des images de files d'attente devant ces centres, qui ont recensé des centaines de volontaires.

Interrogé par l'AFP, le ministère de la Défense s'est refusé à délivrer un chiffre global, qui constitue "une information secrète".

- "Bien sûr que j'ai peur" -

Devant l'entrée du bureau de la capitale ukrainienne, surmontée d'un drapeau ukrainien bleu et jaune, Volodymir Bykovski, réserviste mobilisé, fume une cigarette. Il confirme avoir constaté un afflux de volontaires depuis le weekend dernier, "en majorité venus de leur propre initiative", devançant un éventuel appel des autorités.

"Beaucoup sont déçus parce qu'ils pensaient que la mobilisation avait déjà été déclarée mais nous leur disons d'attendre, qu'on les appellera quand le moment sera venu", raconte le jeune père de famille du haut de ses deux mètres.

Il assure aussi que des entreprises se sont manifestées pour soutenir, avec du matériel informatique par exemple, une armée dans un piètre état général, avec six fois moins de soldats que les forces russes et du matériel dépassé.

Face à ce déséquilibre, "bien sûr que les gens ont peur, moi-même j'ai peur", reconnaît Volodymyr Bykovski. "Mais il faut bien le faire, c'est notre devoir".

"C'est notre pays, nous sommes prêts à la défendre", confirme Dmytro Guerjan, 42 ans, après avoir laissé ses coordonnées au bureau de l'armée.

"Si la situation se complique --on ne sait pas comment les choses vont évoluer, ce que va faire la Russie -- nous devons joindre les rangs", ajoute-t-il.

Devant un autre centre de recrutement militaire de Kiev, Arthur, étudiant de 23 ans, acquiesce et rappelle les dizaines de morts qui ont précédé la chute du président Viktor Ianoukovitch.

"Après ce qu'il s'est passé (...), ce serait une honte si on n'y allait pas", tranche-t-il.

"Je pense que tout sera résolu de manière pacifique parce que le monde entier soutient l'Ukraine et que l'Ukraine a la vérité de son côté. Mais dans tous les cas, si Poutine prend la décision de lancer une guerre contre un peuple frère, beaucoup d'hommes seront près à défendre le pays", prévient-il.

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