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Le chef de Fidji quitte l'armée pour se lancer dans la bataille des urnes

03/03/2014 01:10 EST | Actualisé 02/05/2014 05:12 EDT

L'homme fort des îles Fidji, Voreqe Bainimarama, va quitter l'armée mercredi en vue de participer aux élections maintes fois reportées de septembre, qui doivent permettre le retour à la démocratie sur cet archipel du Pacifique Sud.

Le commodore Bainimarama, qui s'était emparé du pouvoir après le coup d'Etat militaire de 2006, va mettre un terme à 40 années de carrière dans l'armée.

Il espère retrouver, par les urnes cette fois, le fauteuil de Premier ministre de Fidji, micro-Etat de 900.000 habitants confronté à la pauvreté et à des profondes divisions raciales entre Mélanésiens et Indo-fidjiens.

Après avoir réduit au silence ses adversaires pendant plusieurs années, à coup de décrets limitant la liberté d'expression, cette homme de 59 ans au physique massif s'est dit impatient de participer à "une bataille d'idées" pour l'avenir de Fidji.

"Tout ce que mon gouvernement et moi avons fait au fil des dernières années arrive à son point culminant avec les élections générales", a-t-il déclaré lors d'une cérémonie, dans la capitale Suva le mois dernier.

"Lorsque le nouveau parlement sera choisi (...) notre révolution sera en grande partie achevée. Mais notre tâche pour construire un pays nouveau et meilleur ne fera que commencer."

Le coup d'Etat sans effusion de sang de décembre 2006, le quatrième depuis 1987 - avait eu lieu dans un contexte de tensions récurrentes entre Fidjiens d'origine mélanésienne, et Indo-fidjiens, descendants des planteurs de canne à sucre, arrivés pendant la colonisation britannique.

Voreqe Bainimarama a pris le pouvoir en promettant d'éradiquer la corruption et d'instaurer un système électoral fondé sur le principe "un homme, une voix", mettant fin au système discriminatoire à l'égard des Indo-fidjiens.

Son régime autoritaire a ramené la stabilité dans le pays, au prix cependant du muselage de la presse, d'une mise sous tutelle du système judiciaire et d'une abrogation de la constitution.

En 2009, quand il renia sa promesse de tenir des élections dans l'année, l'Australie et la Nouvelle-Zélande prônèrent l'isolement diplomatique de l'archipel, suspendu du Forum des îles du Pacifique, principale organisation politique de la région.

- Favori des sondages -

Une victoire à des élections libres et équitables offriraient à M. Bainimarama une reconnaissance internationale dont il n'a pas joui jusqu'alors.

Principal bailleur de fonds, l'Australie envisage déja de lever ses sanctions et de rétablir la coopération militaire, tandis qu'une mission du Forum s'est récemment rendue à Suva, saluant "les progrès significatifs" pour restaurer la démocratie.

La ministre australienne des Affaires étrangères, Julie Bishop, a toutefois déclaré que le rétablissement de la démocratie à Fidji n'était pas encore acquis, citant la nécessité d'avoir une presse libre et d'envoyer des observateurs internationaux pour s'assurer de la transparence des élections.

D'autant que Bainimarama a prévenu que l'armée continuerait de jouer "un rôle pivot dans le maintien de l'ordre".

"Il est naïf de penser que Bainimarama va changer sa personnalité du jour au lendemain, laisser l'armée en marge des affaires politiques, relâcher l'étreinte sur les médias et les syndicats et promouvoir les droits de l'homme", estime Jenny Hayward-Jones, chercheur au centre d'études The Lowy Institute à Sydney.

Fort des investissements d'infrastructures réalisés depuis 2006 (routes, écoles, ponts), Bainimarama serait, selon les observateurs, en mesure de remporter le scrutin de septembre. Un sondage cette semaine dans le Fiji Sun, pro-gouvernemental, lui donnait 79% d'opinion favorable.

Les figures de l'opposition comme Félix Anthony, secrétaire général du Congrès des syndicats de Fidji, accusent Bainimarama de détourner le système électoral en sa faveur et de manipuler la justice pour faire taire les critiques.

Anthony, qui a été détenu à plusieurs reprises à cause de ses activités, a déclaré que la communauté internationale ne devait pas se précipiter pour réhabiliter Bainimarama.

"L'amélioration des relations est positive, mais (...) l'Australie doit se montrer prudente afin de ne pas conforter une demi-démocratie à Fidji, à notre détriment", a-t-il déclaré à la Fiji Broadcasting Corporation.

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