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L'aide aux musulmans de l'ouest birman menacée après la suspension de MSF

03/03/2014 02:34 EST | Actualisé 02/05/2014 05:12 EDT

Pour les musulmans qui survivent dans des camps de l'ouest de la Birmanie, l'aide humanitaire est vitale. Mais les ONG font face aux menaces de bouddhistes nationalistes qui ont poussé les autorités à chasser Médecins sans frontières (MSF) de la région.

La situation en Etat Rakhine, à la frontière du Bangladesh, est explosive depuis deux vagues de violences entre musulmans de la minorité apatride des Rohingyas et bouddhistes de la minorité rakhine.

Celles-ci ont fait en 2012 plus de 200 morts et 140.000 déplacés, principalement des musulmans.

Et l'annonce par les autorités la semaine dernière de la suspension des opérations de MSF dans cette région pauvre envoie une mise en garde aux humanitaires, selon les experts.

Dans un des camps lugubres installés aux portes de Sittwe, capitale de l'Etat Rakhine, des déplacés se pressaient il y a quelques jours pour recevoir savons et produits d'hygiène distribués par une organisation humanitaire qui a demandé à ne pas être nommée.

La majorité des habitants de ces camps sont des Rohingyas, considérés comme des migrants illégaux par les autorités birmanes.

La plupart d'entre eux, soumis à des restrictions de mouvement, dépendent pour survivre de l'aide internationale.

Une aide dénoncée avec force par les groupes nationalistes rakhines qui l'accusent d'être biaisée.

"Ils négligent notre peuple", a ainsi commenté Shwe Maung, un responsable du Parti pour le développement des nationalités rakhines (RNDP), avant l'annonce concernant MSF.

"Ils ne sont pas en notre faveur, nous le savons. Mais ils aident nos ennemis".

Et les nationalistes rakhines, qui ont réclamé le départ de tous les humanitaires, y compris des agences onusiennes, pourraient bien voir la suspension de MSF comme un soutien à leur cause, met en garde Richard Horsey, analyste indépendant.

"Qu'est-ce qui va se passer ensuite ? Si les nationalistes rakhines pensent qu'ils peuvent chasser des gens, s'ils ont réussi avec MSF, ils vont continuer avec une autre cible".

MSF avait annoncé vendredi que le gouvernement lui avait ordonné de cesser toutes ses opérations dans le pays. Mais le groupe a depuis été autorisé à les reprendre partout, excepté en Etat Rakhine.

- 'Crise humanitaire' -

L'ONG, qui assure n'agir qu'en fonction des besoins, fournissait notamment des soins de santé primaire aux Rohingyas qui n'ont pas accès aux établissements publics.

Sans son aide, des dizaines de milliers d'habitants de l'Etat Rakhine font face à une "crise humanitaire" en matière de santé, a prévenu MSF, qui continue des négociations avec les autorités.

MSF a été visé ces dernières semaines par une campagne de manifestations, après avoir révélé avoir traité des blessés dans une de ses cliniques près du village de Du Chee Yar Tan, où des dizaines de Rohingyas auraient été tués en janvier lors d'attaques menées par des Rakhines.

Ces accusations, relayées par l'ONU, ont été niées avec force par le gouvernement.

Le risque est désormais que la suspension de MSF provoque d'autres mouvements contre d'autres organisations humanitaires, s'est inquiétée Chris Lewa, de l'association Arakan Project, qui milite pour les droits des Rohingyas.

"C'est inacceptable dans un pays qui prétend être sur la voie de la démocratisation", a-t-elle insisté.

Les violences en Etat Rakhine avaient provoqué des attaques contre des musulmans dans d'autres parties du pays l'an dernier, ternissant l'image d'un nouveau régime ayant multiplié les réformes depuis la dissolution de la junte en 2011.

Elles ont également poussé des dizaines de milliers de Rohingyas à prendre la fuite sur des embarcations de fortune, le plus souvent en direction de la Malaisie.

Quelque 800.000 Rohingyas, privés de nationalité par l'ancienne junte, vivent confinés en Etat Rakhine.

Et, alors que nombre de Birmans ne cachent pas une franche hostilité à leur égard, le gouvernement subit les pressions de bouddhistes nationalistes en Etat Rakhine et ailleurs, a noté Horsey.

"Il semble qu'ils aient le sentiment de devoir faire quelque chose pour apaiser ces éléments radicaux. Et c'est un signe inquiétant du pouvoir dont dispose ces éléments", a-t-il ajouté.

Des moines bouddhistes sont accusés d'encourager les tensions religieuses, et certains d'entre eux ont participé en Etat Rakhine aux manifestations contre les organisations internationales.

Nandawbatha, d'un monastère de Sittwe, accuse lui les humanitaires de provoquer les violences pour justifier leurs opérations.

"S'il n'y avait pas de problèmes entre les deux communautés, ils ne seraient pas ici. Alors ils créent des problèmes. Ils ont à l'origine des conflits ici", accuse-t-il.

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