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Ukraine: l'Otan accuse la Russie de "menacer la paix en Europe", le G8 en question

02/03/2014 11:12 EST | Actualisé 02/05/2014 05:12 EDT

Les Occidentaux ont multiplié les mises en garde dimanche contre la Russie, accusée par l'Otan de "menacer la paix en Europe" avec son action en Ukraine, et prévenue par les Américains qu'elle pourrait même perdre sa place au G8.

"Ce que fait la Russie en Ukraine viole les principes de la Charte des Nations unies" et "menace la paix et la sécurité en Europe", a affirmé le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, avant une réunion de crise à Bruxelles. Il a demandé à la Russie de "cesser ses activités militaires et ses menaces" contre l'ancienne république soviétique.

Les ambassadeurs des 28 pays membres se sont retrouvés dimanche en milieu de journée au siège de l'Alliance atlantique, avant une réunion avec leur homologue ukrainien dans l'après-midi.

Principale menace concrète jusqu'à présent, les Etats-Unis ont averti la Russie qu'elle risquait d'être exclue du G8, dont le prochain sommet doit se tenir en juin à Sotchi, la ville des récents JO d'hiver qui ont servi de vitrine à Vladimir Poutine.

Le président russe "pourrait ne pas avoir de G8 à Sotchi, il pourrait même ne pas rester au sein du G8 si cela continue", a prévenu le secrétaire d'Etat américain, John Kerry. "Si la Russie veut être un pays membre" du club des grandes puissances, "elle doit se comporter comme un pays du G8", a-t-il dit en menaçant Moscou de "sanctions" et "d'isolement économique".

La France et le Royaume-Uni ont suspendu leur participation aux préparatifs du G8. "La Russie est traditionnellement notre amie. Nous souhaitons d'un ami traditionnel autre chose qu'un bruit de bottes", a lancé le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

La réunion de l'Otan entrait dans le cadre d'une intense activité diplomatique pour tenter de dissuader la Russie d'intervenir en Ukraine, alors qu'elle a déployé des forces en Crimée. Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a même accusé la Russie d'avoir "déclaré la guerre" à son pays.

Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est réuni samedi, et une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne est programmée lundi. De source européenne, on évoquait dimanche la possibilité d'une réunion ministérielle de l'Otan, voire d'un sommet européen des chefs d'Etat et de gouvernement la semaine prochaine.

- Médiation -

Pour Jan Techau, de Carnegie Europe, il est peu probable que la réunion de l'UE lundi débouche sur des décisions très dures. Selon lui, il n'y a "pas d'unité" au sein des Européens, qui disposent en outre de peu d'outils.

M. Fabius a souhaité une "médiation, soit directement entre Russes et Ukrainiens, soit par l'intermédiaire de l'ONU ou de l'OSCE". Pour un diplomate européen, il faut tenter de sortir du "tête à tête" entre l'UE et la Russie, qui a des relents de guerre froide, et élargir le cercle dans un cadre multilatéral ou par le biais d'un pays plus neutre.

La Pologne, pays voisin de l'Ukraine, s'est estimée "menacée" par une éventuelle intervention militaire russe dans ce pays. Elle avait demandé la convocation de l'Otan sur la base de l'article 4 du traité de l'Atlantique nord, qui prévoit des consultations en cas de menace sur "l'intégrité territoriale, l'indépendance politique ou la sécurité" de l'un de ses membres.

Cet article a été invoqué à plusieurs reprises, notamment par la Turquie dans le cadre du conflit syrien. L'Otan a assuré dimanche que la réunion n'avait pas été organisée sur la base de cet article mais en vertu des "prérogatives" du secrétaire général.

L'Ukraine coopère depuis de nombreuses années avec l'Otan. Mais elle n'en est pas membre. En 2008, les dirigeants des pays alliés étaient convenus que l'Ukraine avait vocation à rejoindre l'Otan, ce qui avait rendu furieux Vladimir Poutine. En 2010, le gouvernement nouvellement élu du président pro-russe Viktor Ianoukovitch avait renoncé à cet objectif.

Au delà des condamnations et des appels à la désescalade, il ne faut pas attendre "grand chose de concret" de la réunion des ambassadeurs, a prévenu une source diplomatique.

En 2008, malgré leur mobilisation, les Occidentaux n'avaient pu empêcher la Russie de mener une guerre éclair en Géorgie avant qu'elle ne reconnaisse l'indépendance de deux régions géorgiennes pro-russes, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie.

bur-jlb/phv

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