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Tuerie en Chine: le risque d'un cycle répression-violence au Xinjiang (experts)

02/03/2014 06:46 EST | Actualisé 02/05/2014 05:12 EDT

Les autorités chinoises ont promis une réponse vigoureuse à la tuerie au couteau de Kunming (sud-ouest de la Chine), perpétrée selon elles par des musulmans ouïghours, mais les experts mettent en garde contre une escalade de la violence.

Des assaillants vêtus de noir ont mortellement poignardé 29 personnes et blessé 130 autres samedi soir en gare de Kunming, capitale du Yunnan, suscitant la colère du gouvernement et l'émotion des Chinois qui ont découvert dimanche matin les images de victimes gisant dans des mares de sang.

Arrivé dimanche sur place pour superviser l'enquête, le numéro un de la sécurité publique du pays, Meng Jianzhu, a juré de "châtier sévèrement les terroristes" et prôné des "mesures énergiques pour réprimer les activités terroristes violentes".

Les attaques au couteau et à l'explosif sont régulières depuis plusieurs années au Xinjiang où vit la majeure partie de la minorité ouïghoure, mais une opération de cette envergure est la première jamais conduite en dehors de la région située dans l'extrême nord-ouest de la Chine, à 1.600 kilomètres du Yunnan.

L'aversion des Chinois pour ce crime pourrait justifier aux yeux de l'opinion publique une vaste opération de répression, avertit Shan Wei, chercheur à l'université de Singapour.

"L'impact psychologique sur l'opinion publique chinois va être gigantesque" et risque de "renforcer le soutien aux politiques musclées du gouvernement", dit-il.

Les dirigeants chinois pourraient en outre s'affranchir avec bonne conscience des critiques internationales qui reprochent à Pékin de faire montre de discrimination à l'encontre de ses minorités au Xinjiang ou au Tibet ou de les persécuter.

Les analystes occidentaux ont souvent rejeté les affirmations de la Chine selon laquelle elle aussi est confrontée au jihad mondial.

En octobre dernier, lorsque trois Ouïghours d'une même famille avaient péri en précipitant leur voiture chargée de bidons d'essence contre l'entrée de la Cité interdite, les observateurs avaient émis des doutes quant à la version officielle imputant les événements à des "terroristes".

- Discriminations et tentations extrémistes-

Pékin a lancé un ambitieux programme d'investissements au Xinjiang après les émeutes interethniques d'Urumqi, capitale du Xinjiang, qui avaient fait près de 200 morts et 1.600 blessés en 2009.

L'année suivante, l'argent et les projets ont commencé à affluer dans la "région autonome" riche en ressources naturelles. Et des politiques de discrimination positive ont été mises en place à destination des minorités.

Le Xinjiang a ainsi enregistré une croissance de 11,1% en 2013 contre 7,7% à l'échelle nationale.

Mais "on ne peut espérer résoudre ces problèmes en quelques années. Il faut maintenir l'effort pendant peut-être une ou deux décennies", estime Shan Wei.

Les organisations de défense des droits de l'Homme déplorent le fait que les bénéfices économiques du développement ont essentiellement profité aux Han, arrivés nombreux dans la région ces dernières décennies.

Les Ouïghours sont d'autant plus marginalisés que l'économie chinoise obéit de plus en plus aux règles du marché, note Barry Sautman, spécialiste de la politique ethnique en Chine à l'université des Sciences de Hong Kong.

"Il ne fait aucun doute que les entrepreneurs Han font de la discrimination au Xinjiang" aux dépens des musulmans, relève-t-il.

Comme il ne fait aucun doute non plus que l'islam radical a progressé en Asie centrale après l'effondrement de l'Union soviétique, ajoute-t-il.

"Il y a des nationalistes laïques au Xinjiang (...) mais il y a aussi des milieux manifestement tentés par le wahhabisme ou le salafisme", estime Barry Sautman.

Mais plutôt que la coercition et la répression, le chercheur plaide pour une intensification des mesures de discrimination positive et une autonomie élargie, susceptibles, à terme, de désamorcer les velléités séparatistes.

Jin Canrong, professeur à l'université Renmin de Pékin, défend l'idée inverse: il faut selon lui dépolitiser chez les ouïghours la question de leur identité et forcer leur assimilation.

Désormais, avance-t-il, la Chine "va mettre d'avantage l'accent sur les obligations et les droits équivalents des citoyens" plutôt que sur leur appartenance ethnique.

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