Le ton monte encore contre les stages non rémunérés offerts au Canada

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OTTAWA - Les stages bénévoles se multiplient au pays, alors que certaines organisations estiment que jusqu'à 300 000 personnes travaillent actuellement gratuitement au sein de certaines des plus grandes — et des plus prospères — entreprises du Canada.

Le nombre de ces stagiaires a bondi dans la foulée de la crise économique de 2008, affirme Sean Geobey, un chercheur associé au Centre canadien de politiques alternatives, et l'auteur d'un récent rapport intitulé «The Young and the Jobless».

Selon lui, les Canadiens commencent à se réveiller et à tenir compte de ce phénomène.

«Ce n'est pas le genre de contrat social en vertu duquel leurs parents et grands-parents ont grandi», dit-il.

«Nous commençons à voir des Canadiens — des jeunes et leurs parents en particulier — remettre sérieusement en question ce qui se passe, ici, et pourquoi nous sommes apparemment revenus aux pratiques du 19e siècle en matière d'emploi.»

L'an dernier, un hôtel de Vancouver a déclenché une tempête après avoir publié une annonce recherchant des gens prêts à débarrasser gratuitement les tables. Ladite annonce a rapidement été retirée dans la foulée de commentaires outrés sur les médias sociaux.

Aux États-Unis, les autorités fédérales et étatiques s'en prennent déjà à ces stages non-rémunérés. Au Canada, la situation se développe également, alors qu'une manifestation a entre autres été tenue la semaine dernière à Toronto pour demander au gouvernement ontarien d'agir contre ces «arnaques des stages bénévoles».

À l'échelle fédérale, le néo-démocrate Andrew Cash a déposé l'automne dernier un projet de loi d'initiative parlementaire pour lutter contre le «Far-West» des stages bénévoles. Selon lui, ce qui était autrefois des postes de base offrant le salaire minimum est désormais fréquemment transformé en des stages non rémunérés.

«Il y a une série de lois à travers le pays et, dans certaines provinces, il n'existe tout simplement pas de réglementation», a-t-il dit lors d'une récente entrevue.

«Et non seulement parlons-nous de jeunes diplômés universitaires devant travailler gratuitement, mais il est aussi question de nouveaux arrivants au pays qui tentent d'obtenir de l'expérience de travail au Canada et finissent par accepter d'être stagiaires bénévoles.»

Au dire d'un responsable du ministère fédéral du ministère du Travail, il existe des lois visant à protéger les stagiaires. En vertu du Code du travail, un enquêteur ministériel effectuera une vérification auprès d'un employeur à charte fédérale si une plainte est déposée pour des salaires, du temps supplémentaires et des vacances non payées.

Pour deux chercheurs travaillant à une étude sur ces stages, les lois actuelles sont inefficaces, particulièrement en raison du fait qu'un jeune employé tentant de démarrer sa carrière doit dénoncer une entreprise possiblement puissante — et un employeur potentiel.

«Il n'y a pas assez de gens qui se manifestent, puisqu'il n'y a pas d'incitatifs pour ce faire», affirme Isabelle Couture, une étudiante aux cycles supérieurs qui mène un sondage sur les stages bénévoles pour déterminer l'ampleur du problème au pays.

«En allant contre son employeur, on risque d'être placé sur liste noire. On veut l'expérience et on veut les références, et on a donc l'impression que de n'avoir d'autre choix que de se taire.»

Pour Mme Couture et son collège James Attfield, ces stages non rémunérés posent une série de problèmes sociaux et économiques, entre autres en avantageant les enfants de parents fortunés, mais aussi en augmentant le taux de chômage chez les jeunes et en empêchant ces jeunes de participer pleinement à l'économie nationale.

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