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L'Ukraine face à une Russie belliqueuse, les Occidentaux indignés

02/03/2014 06:22 EST | Actualisé 02/05/2014 05:12 EDT

L'Ukraine a annoncé dimanche le rappel de ses réservistes après la menace-choc de la Russie d'intervenir militairement sur son territoire, alors que les Occidentaux étudiaient leurs options pour obtenir le repli des forces russes déployées en Crimée.

Le Parlement ukrainien s'est réuni dimanche matin en session extraordinaire à huis clos pour discuter des mesures à prendre au lendemain du feu vert du Conseil de la Fédération à Moscou à un recours à l'armée russe en Ukraine, a indiqué un député.

L'Ukraine, une ancienne république soviétique, va mobiliser ses réservistes afin d'assurer "la sécurité et l'intégrité de son territoire", après la "violation par la Russie des accords bilatéraux, notamment concernant la flotte de la mer Noire", a annoncé dimanche le responsable du Conseil de sécurité nationale Andriï Paroubiï, dans une déclaration télévisée.

"Le ministère de la Défense doit appeler dans toute l'Ukraine tous ceux dont les forces armées ont besoin en ce moment", a-t-il déclaré. Le président par intérim Olexandre Tourtchinov avait annoncé samedi la "mise en état d'alerte" des forces ukrainiennes.

Alors que cette armée est considérée comme relativement mal équipée et financée, le ministre de l'Intérieur par intérim Arsen Avakov a rapporté dimanche sur Facebook qu'une quinzaine d'"émissaires russes" avaient tenté en vain en Crimée de proposer aux officiers ukrainiens de passer dans leur camp, leur offrant des passeports russes.

M. Paroubiï a appelé à des consultations d'urgence entre Kiev et les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en tant que pays "garants" de la souveraineté de l'Ukraine.

Quelque 15.000 personnes étaient par ailleurs rassemblées dimanche en milieu de journée sur le Maïdan, la place de l'Indépendance, coeur du mouvement de contestation des trois dernier mois, a constaté un journaliste de l'AFP. D'autres continuaient d'affluer. Programmé depuis plusieurs jours sur le thème "L'Ukraine et la Crimée ensemble", ce rassemblement pourrait prendre une autre dimension au vu des derniers développements de la crise.

Sont par ailleurs attendus à Kiev dans la journée le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague et son homologue grec Evangelos Venizelos, dont le pays occupe la présidence tournante de l'UE.

- Mise en garde très ferme -

Samedi, l'annonce de Moscou, après avoir semblé prendre de court les Occidentaux, avait provoqué un tollé international.

Les Etats-Unis ont exigé de la Russie qu'elle replie ses forces déployées en Crimée, faute de quoi elle s'exposerait à un isolement international et à un impact "profond" sur ses relations avec Washington.

Lors d'un appel téléphonique de 90 minutes, le président Barack Obama a affirmé à son homologue Vladimir Poutine qu'il avait violé la loi internationale en déployant des soldats russes en Crimée, dans le sud de l'Ukraine, et l'a exhorté à discuter pacifiquement avec les autorités de Kiev de ses inquiétudes sur le traitement des russophones dans le pays, a annoncé la Maison Blanche dans un communiqué.

Les mouvements militaires russes sont une "claire violation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine, ce qui est une infraction à la loi internationale, dont les obligations de la Russie aux termes de la charte de l'ONU", a déclaré M. Obama à M. Poutine, selon la présidence américaine. "Les Etats-Unis condamnent l'intervention russe en territoire ukrainien".

En outre, "les Etats-Unis appellent la Russie à faire baisser les tensions en repliant ses forces dans leurs bases de Crimée et à s'abstenir de toute interférence ailleurs en Ukraine".

Sinon, "la poursuite de la violation de la loi internationale par la Russie mènera à un plus grand isolement politique et économique", a mis en garde la Maison Blanche. Le secrétaire d'Etat John Kerry a été encore plus ferme, fustigeant "l'invasion et l'occupation" de l'Ukraine par la Russie qui menacent "la paix et la sécurité" dans la région.

"La Russie est traditionnellement notre amie. Nous souhaitons d'un ami traditionnel autre chose qu'un bruit de bottes", a lancé de son côté dimanche le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, qui a appelé à une "médiation" dans les meilleurs délais.

La France souhaite "que soit suspendue la préparation du G8 de Sotchi (prévu en juin) tant que nos partenaires russes ne sont pas revenus à des principes conformes à ceux du G7 et du G8" a-t-il dit.

- Mainmise des pro-Russes en Crimée -

Les pro-Russes semblaient par ailleurs avoir conforté leur mainmise en Crimée et dans une moindre mesure dans les régions orientales russophones de l'Ukraine, où des turbulences et manifestations russes avaient déjà été signalées samedi.

Soucieux de stabiliser la situation, le gouvernement central devait annoncer la nomination de deux richissimes et influents oligarques ukrainiens, Sergiï Tarouta et Igor Kolomoïski aux postes de gouverneurs des régions de Donetsk et Dniepropetrovsk, selon les médias ukrainiens.

A Simféropol, capitale de la péninsule, les rues menant au centre-ville étaient bloquées et les mystérieux hommes armés qui s'étaient emparés du bâtiment du Parlement jeudi n'étaient plus visibles à ses abords dimanche matin. Ils étaient en revanche toujours présents près du bâtiment du gouvernement local où le drapeau russe continuait de flotter.

Sous un pâle soleil, ils sont une dizaine d'hommes en uniforme appuyés par une trentaine de "civils" à être présents aux abords du siège du gouvernement, place Lénine.

Kalachnikov à la main, casqués et encagoulés, ils ne portent, comme les jours précédents, aucun signe distinctif.

Sur la place, un couple de personnes âgées s'est planté devant la statue de Lénine. La femme tient au bout d'une longue hampe un portrait du père de la Révolution d'Octobre 1917 : elle crie "La Crimée, c'est la Russie", tandis que l'homme en chapka, qui arbore bien haut un étendard rouge, se met soudain à hurler à tue-tête "Lénine, Staline, mort au fascisme !".

A Féodossia, port à 200 km de Simféropol, quelque 400 fusiliers marins ukrainiens étaient bloqués dimanche matin dans leur base par des militaires russes, qui exigeaient qu'ils leur remettent leurs armes, a rapporté un média local.

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