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La Crimée s'émancipe de l'Ukraine, avec une aide russe voilée

02/03/2014 02:13 EST | Actualisé 02/05/2014 05:12 EDT

Les nouvelles autorités pro-russes de Crimée ont entamé la prise de contrôle de la péninsule, invoquant la "confusion" entraînée par la chute du président Viktor Ianoukovitch à Kiev, avec l'aide à peine voilée de la Russie et de centaines de soldats encagoulés.

"Tout le système légal dans le pays est désormais confus. Aujourd'hui, il y a un président (de l'Ukraine) légitime pour lequel l'immense majorité des habitants de Crimée a voté", a expliqué dimanche le président du Parlement de cette république autonome, Vladimir Konstantinov, au cours d'une conférence de presse.

Une façon très claire de refuser de reconnaître le nouveau pouvoir à Kiev, où le parlement a destitué le 22 février le président Viktor Ianoukovitch, désigné un chef d'Etat par intérim et prévu l'organisation d'une présidentielle anticipée le 25 mai.

Un pas très clair a été franchi samedi lorsque des centaines de soldats non identifiés mais soupçonnés d'appartenir à la Flotte russe de la mer Noire, ont entamé le blocage des militaires ukrainiens dans leurs casernes.

Dimanche, c'est le commandant en chef de la marine ukrainienne, l'amiral Denis Berezovski, qui a annoncé sa défection et qu'il prêtait allégeance aux autorités pro-russes de Crimée, au lendemain de sa nomination par le pouvoir ukrainien... dans le quartier général de la Flotte russe à Sébastopol.

Alors que Kiev a évoqué une "déclaration de guerre" de la Russie" et annoncé une mobilisation générale, en réponse au vote du parlement à Moscou autorisant les soldats russes à intervenir en Ukraine, les autorités locales de Crimée assurent que la situation est en voie de "normalisation".

"La situation en Crimée s'est stabilisée", assure Vladimir Konstantinov qui affirme que "toutes les forces de sécurité sont sous le contrôle" du pouvoir local.

Y compris donc apparemment les mystérieux hommes en treillis verts dépourvus de tout grade ou signe distinctif, casqués, encagoulés et armés, présents depuis samedi dans le centre de Simféropol, la capitale de la Crimée.

Et de leurs suppléants, ces centaines d'hommes qui bloquent l'entrée de plusieurs casernes de l'armée ukrainienne, comme ces gardes-frontières dans les environs du village de Perevalne.

- Les drapeaux ukrainiens enlevés Place Lénine -

Trente camions de transport de troupes étaient garés à proximité de la principale entrée du bâtiment, a constaté un journaliste de l'AFP.

L'atmosphère était tendue, mais sans excès, des habitants de la région, certains ravis de la présence des soldats, venant se faire prendre en photo avec eux.

Autre symbole de la "normalisation" en cours, les petits drapeaux ukrainiens bleu et jaune ornant des mâts alignés sur l'immense place Lénine ont été enlevés dimanche par un homme juché tout en haut d'une échelle qui s'élevait au-dessus d'un véhicule d'un autre âge, alors que la foule l'encourageait en hurlant "hourra !" et "Russie ! Russie !".

Une adolescente en anorak rose se promenait dans les parages, arborant une affiche sur laquelle on pouvait lire "Russie, Ukraine, Bélarus, c'est la Sainte Russie".

Et le drapeau russe flottait toujours depuis trois jours sur le Parlement de Crimée, où des civils membres de groupes d'autodéfense pro-russes improvisés, se disant investis d'une mission de "maintien de l'ordre public", continuaient de monter la garde.

"La situation est compliquée, il peut y avoir des provocations, soyez attentifs", lançait à un détachement constitué d'une vingtaine d'entre eux un homme à la barbe crise coiffé d'une casquette.

Ces "droujenniki", avec leur brassard rouge, sont favorables à un retour dans le giron de la Russie de la Crimée qui a fait partie de l'Empire russe (à partir de la fin du XVIIIe siècle), puis de la République fédérative de Russie au sein de l'URSS, et ce jusqu'en 1954.

Dans l'après-midi, un convoi d'une quinzaine de véhicules d'où volaient au vent des drapeaux de Crimée est passée en klaxonnant Place Soviétique, en plein centre de Simféropol, en signe d'allégresse face à la "russification" en cours.

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