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L'ETA s'engage pour la première fois à mettre "hors d'usage" son arsenal

01/03/2014 05:57 EST | Actualisé 01/05/2014 05:12 EDT

L'ETA s'est engagé samedi à mettre "hors d'usage" son arsenal, un premier pas vers le désarmement du groupe séparatiste, très affaibli et sous pression d'une large partie de la société basque, qui amorce un processus encore incertain.

"Le processus de mise sous scellés des armes a commencé et l'engagement de l'ETA est de le mener à son terme, jusqu'aux dernières armes", écrit le groupe, dans un communiqué daté du 24 février, publié par le journal basque Gara.

L'ETA confirme ainsi l'annonce faite le 21 février à Bilbao, par la Commission internationale de vérification du cessez-le-feu.

Mais il prévient que ce processus, "difficile et non exempt de difficultés", ne dépend pas seulement "de la volonté de l'ETA et du professionnalisme de la commission": un signal à l'adresse du gouvernement espagnol, qui ne reconnaît pas la légitimité de ces experts et refuse tout dialogue.

Le groupe explique qu'il entend garantir que "ses armes et explosifs" se trouvent "hors d'usage opérationnel", offrir un climat de "sécurité" au Pays Basque et préparer la voie à une solution portant sur "l'ensemble des conséquences du conflit politique", réaffirmant "l'urgence d'en terminer avec la violation des droits des prisonniers politiques basques".

L'ETA fait ainsi référence au sort de ses militants - plus de 500 - dispersés dans les prisons espagnoles et françaises, dont une grande partie de la société basque réclame le rapatriement dans la région, un point sur lequel Madrid refuse de transiger.

Cette question des prisonniers est restée, depuis l'annonce historique de l'abandon de la violence, le 20 octobre 2011, le principal abcès de fixation entre l'ETA et le gouvernement espagnol, qui ne cesse de réclamer la dissolution sans conditions de l'organisation.

La numéro deux du Parti populaire, de droite, au pouvoir en Espagne, Maria Dolores de Cospedal, a d'ailleurs rétorqué samedi que l'ETA devait "cesser de faire du théâtre et se dissoudre une fois pour toutes".

Derrière ce blocage apparent, les lignes ont pourtant bougé au Pays Basque, à mesure que les partis de la gauche indépendantiste, qui défendent leurs objectifs par les voies pacifiques, gagnaient en influence, devenant en 2012 la deuxième force politique régionale derrière les nationalistes conservateurs du PNV, qui dirigent désormais la région.

L'ETA, qui ne compterait plus qu'une trentaine de militants dans la clandestinité, a parallèlement multiplié les signaux, après avoir lutté par les armes, pendant plus de 40 ans, pour l'indépendance du Pays Basque et de la Navarre.

Un message essentiel est venu le 28 décembre du collectif de prisonniers EPPK, qui entérinait l'abandon de la violence et semblait renoncer à la demande d'une amnistie collective, une revendication historique de l'ETA.

Cette annonce avait été interprétée comme un assouplissement de la position du groupe, classé organisation terroriste par l'Union européenne et les Etats-Unis et rendu responsable de la mort de 829 personnes depuis 1968.

Dans ce contexte, les experts étrangers de la commission créée en septembre 2011, à la demande de différents représentants de la société basque, ont annoncé le 21 février avoir pu constater que l'ETA avait commencé à mettre des armes sous scellés.

Une vidéo montrant des militants présentant un petit stock d'armes à feu, de munitions et d'explosifs, avait été diffusée, suscitant le scepticisme de Madrid qui dénonçait une "mise en scène".

Dans un climat de crispation amplement relayé par les médias espagnols, les vérificateurs, tous des experts ayant l'expérience de conflits armés dans différents pays, étaient convoqués deux jours plus tard par un juge de Madrid pour rendre compte de leur rencontre avec les militants, en janvier à Toulouse, dans le sud de la France, selon leur témoignage devant le magistrat.

Un épisode, ajouté à l'attitude de blocage du gouvernement, qui pouvait faire douter de la bonne marche d'un processus extrêmement fragile.

Le 24 février, au lendemain de cet interrogatoire, le président sri-lankais de la commission, Ram Manikkalingam, avertissait qu'il était "extrêmement difficile, voire impossible" de mener la mission du désarmement de l'ETA, et en appelait aux "gouvernements et leaders politiques" pour qu'ils coopèrent.

Le gouvernement basque a jugé samedi que ce dernier communiqué "allait dans la bonne direction, mais restait insuffisant", réclamant le désarmement "sans conditions et irréversible" de l'ETA.

sg/mr

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