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La Crimée, enjeu d'une éventuelle intervention russe en Ukraine

01/03/2014 12:20 EST | Actualisé 01/05/2014 05:12 EDT

La Crimée, république autonome pro-russe et russophone du sud de l'Ukraine et siège de la flotte russe de la mer Noire, est devenue en quelques jours le principal enjeu d'une éventuelle intervention militaire de la Russie en Ukraine.

Le Conseil de la Fédération à Moscou a autorisé samedi "le recours aux forces armées russes sur le territoire de l'Ukraine" à la suite d'une demande en ce sens du président Vladimir Poutine. Kiev avait auparavant accusé la Russie de déployer des milliers d'hommes supplémentaires en Crimée, où les tensions séparatistes se sont accrues depuis la destitution, le 22 février, du président pro-russe Viktor Ianoukovitch.

La Crimée avait été "donnée" en 1954 à l'Ukraine soviétique par Nikita Khrouchtchev, lui-même originaire d'Ukraine, un cadeau qui va empoisonner les relations avec la Russie après la chute de l'URSS en 1991.

Pour prévenir alors les tentations séparatistes d'une région peuplée majoritairement de russes et de russophones, Kiev accorde en 1992 à la Crimée le statut de république autonome. La péninsule va disposer de sa propre Constitution, de son gouvernement, de son Parlement. Mais, pour nombre d'habitants locaux, l'appartenance de la Crimée à l'Ukraine relève d'un malentendu et l'autorité de Kiev a régulièrement été contestée par certains responsables régionaux et officiels russes.

D'autre part, la question de la flotte russe envenime les relations entre Kiev et Moscou, l'Ukraine indépendante revendiquant une partie de l'ancienne flotte soviétique de la mer Noire. Cette base est stratégiquement importante pour la Russie car elle lui donne un point de sortie sur la mer Noire et par là, vers la Méditerranée.

En 1997, Kiev et Moscou ont fini par signer un accord autorisant la Russie à louer 80% environ des installations portuaires de Sébastopol pour un bail de 20 ans, l'Ukraine en gardant 18%. En 2010, après des années de querelles, les Parlements ukrainien et russe ont signé, sous la présidence de Ianoukovitch, un accord sur la prolongation de 25 ans - jusqu'à 2042 - du bail de la flotte russe, en échange d'une réduction de 30% du prix du gaz russe.

La Crimée avait été conquise sur les Turcs et annexée à la Russie par l'impératrice Catherine II en 1783, qui y établit la base navale de Sébastopol.

Sa population se compose de Russes (59%), d'Ukrainiens (24%) et de Tatars, une communauté de tradition musulmane installée depuis le XIIIe siècle et représentant 12% des 2 millions d'habitants de la région.

Déportés en Sibérie et en Asie centrale sous Staline, puis revenus en Crimée après la chute de l'URSS et l'indépendance de l'Ukraine en 1991, les Tatars ont activement soutenu la contestation anti-Ianoukovitch.

Contrée agricole et viticole, la Crimée, péninsule d'environ 27.000 km2 séparant la mer Noire de la mer d'Azov, est une région touristique privilégiée grâce à son climat subtropical et ses stations balnéaires.

C'est à Yalta, la plus célèbre d'entre elles, que furent signés en 1945 les accords qui virent Staline, Roosevelt et Churchill décider du sort de l'Europe.

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