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Face à Moscou, les manifestants du Maïdan prêts à "renverser un autre dictateur"

01/03/2014 03:48 EST | Actualisé 01/05/2014 05:12 EDT

Sur la place de l'Indépendance de Kiev, torse nu, d'imposants cosaques moustachus battent le tambour : les autorités ukrainiennes viennent de mettre l'armée en état d'alerte face à la menace d'invasion russe.

"On nous a déclaré de facto la guerre", lance devant des milliers de manifestants l'ancien ministre de l'Intérieur, Youri Loutsenko, l'un des meneurs de la contestation qui a abouti la semaine dernière à la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovitch.

A Moscou, le Parlement vient d'autoriser le "recours aux forces armées" en Ukraine.

Dans la foule des contestataires qui occupent depuis plus de trois mois le Maïdan, place centrale de Kiev, les visages sont graves mais n'expriment aucunement la suprise : "On s'attendait à cette mesure, vu les événements en Crimée", explique un jeune homme.

Dans cette péninsule russophone du Sud de l'Ukraine, de mystérieux miliciens, en uniforme, masqués et armés, ont pris depuis jeudi le contrôle du Parlement local et des aéroports, soutenus par une foule de civils qui ne cachent pas leurs sympathies pro-russes.

Cependant, de nombreux habitants de Kiev continuaient à allumer des bougies et à déposer des fleurs, dans une ambiance recueillie, sur les dizaines de mausolées improvisées sur la place et dans ses alentours, là où sont tombés des dizaines de manifestants, quand la police a ouvert le feu à balles réelles.

Au moins 83 personnes, dont une quinzaine de policiers, sont morts en trois jours dans ces affrontements la semaine dernière dans le centre de Kiev, qui ont provoqué la destitution du président Ianoukovitch après trois mois de contestation.

- Affronter les troupes d'occupation russes -

"En Crimée, nous allons devoir patienter. Mais nous allons répondre par les armes à toute agression en dehors de la Crimée, dès la première minute", assure Youri Loutsenko.

La Crimée, qui faisait partie de la Russie sous l'URSS et n'a été rattachée à l'Ukraine qu'en 1954, abrite toujours la flotte russe de la mer Noire, dans le cadre d'un accord entre les deux pays.

Majoritairement peuplée de russophones, c'est la région d'Ukraine qui s'oppose le plus radicalement aux nouvelles autorités en place à Kiev.

Mais les foyers de tension se sont aussi propagés dans des grandes villes de l'Est de l'Ukraine, traditionnellement pro-russes, comme à Kharkiv et à Donestsk.

"Nous avons renversé un dictateur, voici qu'un autre (Vladimir Poutine) se présente. Mais les Ukrainiens vont se lever pour engager le combat", assure un des manifestants.

Les membres du service d'ordre du Maïdan, équipés de casques, de boucliers et de barres de fer, sont prêts à faire face aux policiers antiémeute, pas aux chars : même les plus radicaux excluent pour le moment de se rendre en Crimée.

"Nous sommes des architectes, des philologues, des programmeurs informatiques, pas des membres des forces spéciales", explique l'un de ses membres, Iarema Doukh, un manager venu de Lviv, un bastion nationaliste situé dans l'ouest du pays. "C'est à l'armée d'agir, mais nous allons l'aider", promet-il.

Les membres du groupe nationaliste paramilitaire Pravy Sector (Secteur Droit), en première ligne de la contestation en Ukraine ces dernières semaines, ont cependant appelé à la "mobilisation générale" contre les Russes.

"Poutine a peur de ce qui se passe en Ukraine, il veut étouffer notre jeune révolution, mais nous sommes prêts", affirme un porte-parole du mouvement, Artem Skoropadski.

"Nous avons lancé un appel à tous nos partisans : nous devons nous procurer des armes à feu et nous tenir prêts à affronter les troupes d'occupation russes".

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