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Lev Tahor : un statut de réfugié douteux

27/02/2014 10:05 EST | Actualisé 30/04/2014 05:12 EDT
Radio-Canada

Une enquête de CBC/Radio-Canada révèle que le leader de la secte juive Lev Tahor, Shlomo Helbrans, aurait obtenu son statut de réfugié au Canada sous des représentations erronées.

Shlomo Helbrans et sa secte vivent dans la controverse depuis le mois de novembre. Des allégations de maltraitance et de défaut de scolarisation des enfants pèsent contre le groupe, sans compter leur fuite vers l'Ontario pour évader la Direction de la protection de la jeunesse du Québec.

Les Lev Tahor ont toujours affirmé que toutes les accusations portées contre le groupe n'étaient que mensonges calomnieux. Le groupe se dit persécuté. « Ceux qui disent que nous battons nos enfants sont dans l'erreur », dit le leader.

Mais voilà que le passé controversé du leader de la secte soulève de nouvelles questions quant à son arrivée au Canada.

Emprisonné, puis extradé

Au début des années 1990, à New York, Shlomo Helbrans offre des cours de catéchèse aux garçons qui vont célébrer leur Bar-mitsvah, un moment symbolique dans la vie d'un jeune homme juif qui souligne le passage à l'âge adulte.

Un élève qui lui est confié par une famille non religieuse disparaît. Il n'est retrouvé que des années plus tard. Rapidement, les soupçons se posent sur Shlomo Helbrans, qui est accusé d'enlèvement et condamné à quatre ans de prison en 1994. Il a été incarcéré pendant deux ans avant d'être expulsé des États-Unis vers Israël.

Le Canada l'accueille, malgré son passé douteux

Six semaines après son expulsion, M. Helbrans est arrivé au Canada pour rétablir la communauté Lev Tahor au Québec.

En 2003, Shlomo Helbrans demande le statut de réfugié au Canada. Son argument : les Lev Tahor, qui sont, par conviction religieuse, contre l'existence même d'Israël, y sont victimes d'ostracisme.

L'avocat Julius Grey défend sa cause et Yakov Rabkin, un professeur de l'Université de Montréal et spécialiste des groupes juifs antisioniste, agit comme témoin expert. Ce dernier se souvient nettement de l'audition d'Elbranz devant la commission du Statut de réfugiés.

Un passé criminel serait normalement un obstacle majeur à l'obtention d'un statut de réfugié au Canada. Deux vidéos ont alors été présentées afin de rassurer le Canada sur le passé controversé du rabbin.

« On a montré un film du canal 10 de la télévision israélienne qui disait qu'ils voulaient tuer tous les juifs. Après avoir vu le film, le juge n'avait plus de questions. C'était un film plein de haine. Ce que j'ai ajouté c'est qu'il y avait un problème idéologique créé par le sionisme. »

Lors de cette audience, l'avocat d'Helbrans produira aussi une vidéo dans laquelle on peut entendre le témoignage du jeune homme kidnappé à New York : Shai Fima. « Il a été condamné parce qu'il m'a converti. Pas parce que j'ai été kidnappé », disait alors le jeune homme dans la vidéo.

Dix ans plus tard, une équipe de la CBC a retrouvé Shai. Aujourd'hui, il affirme avoir été payé 5000 dollars pour raconter cette histoire. Il confirme aussi que Helbrans était bel et bien responsable de son enlèvement.

Shlomo Helbrans nie avec véhémence ces accusations, mais admet que Lev Tahor a payé un billet d'avion à Shai Fima pour aller en Israël afin de tourner la vidéo.

Aucun avocat du gouvernement fédéral n'était présent à l'audition d'Helbrans, donc personne n'a pu contester son témoignage. « J'ai décidé (de lui accorder le statut de réfugié) avec les éléments qui m'ont été présentés », a expliqué Daniel Éthier, commissaire à l'audience de M. Helbrans. Le statut de réfugié est accordé à M. Helbrans, sans plus de questions.

Selon un expert israélien des groupes ultra-orthodoxes, le professeur Menachem Friendman, l'histoire de persécution de M. Helbrans ne tient pas la route. « Lorsque j'ai lu sa demande (de statut de réfugié), j'ai ri. Si ce n'était pas (une situation) si tragique, ça serait une comédie. Je ne le crois pas du tout ».

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