NOUVELLES

Côte d'Ivoire: après deux années de tâtonnement, la commission vérité et réconciliation attendue de pied ferme

28/02/2014 05:40 EST | Actualisé 30/04/2014 05:12 EDT

La commission vérité et réconciliation de Côte d'Ivoire, qui a récemment obtenu une prolongation d'un an de son mandat, est attendue de pied ferme par ses nombreux détracteurs, qui critiquent son impact dérisoire après deux années de travail.

Son président, l'ancien Premier ministre ivoirien Charles Konan Banny, qui a indiqué à l'AFP vouloir "terminer le job", a annoncé l'ouverture prochaine de "centres d'écoute" pour permettre aux victimes de raconter leur histoire et au bourreaux de demander pardon.

Créée en 2011, la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) devait être un pilier central de la pacification des esprits dans un pays ayant connu une décennie de crise politico-militaire et de partition de son territoire.

En Afrique du sud, où il a été mis en place en 1995 sous Nelson Mandela, le dispositif a permis aux victimes de l'apartheid de pardonner à leurs bourreaux, quand ceux-ci reconnaissaient leurs crimes à haute voix.

Cette justice dite "transitionnelle", qui ne se tenait pas dans des tribunaux mais dans des gymnases et des écoles, est considérée comme l'un des principaux facteurs ayant évité une implosion du pays.

Un tel outil paraissait parfaitement adapté à la Côte d'Ivoire, ébranlée par une crise post-électorale sanglante de décembre 2010 à avril 2011, lorsque le président sortant, Laurent Gbagbo, battu, avait refusé de reconnaître la victoire de son adversaire Alassane Ouattara.

Plus de 3.200 personnes avaient alors péri, selon la justice ivoirienne, qui impute près de 1.500 morts aux forces pro-Gbagbo et plus de 700 aux pro-Ouattara.

Mais la CDVR n'a guère convaincu en deux ans d'activité, faute de moyens et surtout de volonté politique. A l'image du bilan livré en novembre par son dirigeant au chef de l'Etat, dont la longueur masquait mal l'indigence.

La société civile ivoirienne critique unanimement le "manque de résultat" de la commission. La Ligue ivoirienne des droits de l'Homme appelle à des "réformes" pour faire bouger "une machine lourde".

Les victimes du conflit assurent que la CDVR les "ignore", se désole Issiaka Diaby, le président du principal collectif les rassemblant.

Ce qui n'a pas empêché Alassane Ouattara de prolonger son mandat en janvier, à la surprise générale. La CDVR aura une année supplémentaire pour "rechercher la vérité", et "entendre les victimes, les auteurs et les témoins" lors de séances "publiques".

Des "centres d'écoutes" seront "bientôt" ouverts "à travers le pays" pour permettre aux Ivoiriens "qui le veulent et qui ont été victimes" de "se faire entendre", promet Charles Konan Banny.

"Nous demandons aux Ivoiriens qui se considèrent comme auteurs d'actes répréhensibles, d'avoir le courage de reconnaître et l'humilité de demander pardon", ajoute-t-il.

- Un retour à la "confiance" qui tarde -

"Le temps des victimes est arrivé", se réjouit Joël N'Guessan, le porte parole du Rassemblement des républicains (RDR), le parti du président Ouattara, qui souhaite que la "phase des écoutes" soit "très suivie" afin que la Côte d'Ivoire opère une "catharsis" lui évitant de retomber dans son "passé tragique".

"Que tous ceux qui ont été auteurs de crimes odieux fassent oeuvre de repentance", assène M. N'Guessan, dont la formation, alliée du PDCI (le Parti démocrate de Côte d'Ivoire, dont M. Banny fait partie), espère "beaucoup" de la CDVR.

Le son de cloche est sensiblement différent au Front patriotique ivoirien (FPI), le parti de l'ex-chef de l'Etat Laurent Gbagbo, dont le leader Affi N'Guessan se demande si "toutes les conditions sont réunies" pour la "recherche de la vérité".

Malgré plusieurs gestes de bonne volonté du pouvoir (libération de détenus politiques, dont Affi N'Guessan, appel aux "frères" exilés à rentrer au pays) le FPI déplore que la "confiance" ne soit "pas totalement restaurée".

Le principal parti d'opposition, qui continue d'exiger la libération de Laurent Gbagbo, enfermé à La Haye en attente d'un procès de la Cour pénale internationale, a sollicité l'aide de la CDVR.

Celle-ci doit "s'impliquer dans le dialogue politique" afin de rapprocher pouvoir et opposition "de manière à ce que toutes les questions qui perturbent l'environnement socio-politique (...) soient réglées", explique son dirigeant.

En quelques semaines, Affi N'Guessan, qui plaide pour une amnistie de tous les prisonniers politiques, a rencontré Charles Konan Banny à deux reprises.

La réconciliation nécessite un "climat de confiance" qu'"il s'agit de créer", observe M. Banny. En Côte d'Ivoire, la crise est née de la politique. Ce sera donc à elle d'asseoir définitivement la réconciliation.

ck-jf/hm

PLUS:hp