NOUVELLES

Le privé en santé : l'exemple du Québec

27/02/2014 11:39 EST | Actualisé 29/04/2014 05:12 EDT

La Dre Anne Leclerc, du Nouveau-Brunswick, est un peu une pionnière de la médecine privée au Québec. Elle a ouvert deux cliniques privées de médecine générale dans la région de Québec.

Un reportage de Michel Nogue Twitter Courriel

La Dre Leclerc a entrepris sa carrière chez elle, à Saint-Quentin, dans le nord du Nouveau-Brunswick. Elle a ouvert sa première clinique privée au Québec en mars 2011.

« J'ai été un peu déçue de mon retour en pratique en médecine familiale dans le public. Puis, c'est ce qui m'a tournée tranquillement à me dire: je pense que je vais ouvrir un bureau privé. Je vais faire les choses à ma façon », explique Mme Leclerc.

Un abonnement aux cliniques Médicina coûte environ 500 $ par année, et 80 $ par rendez-vous de 20 minutes. Les cliniques de Mme Leclerc ne reçoivent pas un sou du gouvernement.

Au Québec, plus de 260 médecins comme Anne Leclerc se sont désaffiliés de l'assurance-maladie. Ce mouvement vers le privé provoque une levée de boucliers dans le milieu de la santé.

« Ça peut aller très, très loin. Quelqu'un qui dit « tu es nuisible, et moi, je vais te détruire, je vais t'en mettre des bâtons dans les roues ». Oui, ça m'est arrivé de percevoir ça. Je trouve ça dommage parce que je trouve qu'en attendant, c'est le citoyen qui est pris en otage dans toutes ces chicanes d'idéologie », affirme Anne Leclerc.

Le débat sur le privé en santé fait rage

L'ouverture de cliniques comme celle de la Dre Leclerc relance le débat sur l'assurance-maladie. D'un côté, des voix s'élèvent pour que les gouvernements fassent une plus grande place au privé dans le système de santé. De l'autre côté, des défenseurs du régime public voient le privé comme une menace.

« Je pense que le Québec est certainement un exemple des choses dont il ne faut peut-être pas suivre la trace si on veut vraiment améliorer le système, ce qui est toujours un défi, remarquez », estime le Dr Alain Vadeboncoeur, président du groupe Médecins québécois pour le régime public.

Le Dr Vadeboncoeur craint la création de deux régimes, un pour les riches et un autre pour les pauvres.

Une solution pour réduire l'attente?

« Combien de temps on va garder les gens dans ce carcan-là du monopole public qui n'arrive pas à soigner les gens rapidement, qui les force à attendre très longtemps dans une salle d'urgence? », se demande Jasmin Guénette, vice-président de l'Institut économique de Montréal.

Un million de Québécois attendent en moyenne 17 heures avant de voir un médecin à l'urgence. Jasmin Guénette conclut que le privé peut réduire l'attente.

« Chaque personne qui va se faire soigner dans une clinique privée donne sa place en quelque sorte à quelqu'un d'autre pour aller se faire soigner à l'hôpital. Donc, si on encourage le développement des cliniques privées, en quelque sorte on peut améliorer l'accès aux soins pour que les gens aient accès plus rapidement à ces soins-là », explique M. Guénette.

Marie-Pascale Pomey, de l'Université de Montréal, craint un danger. « Si ça devient vraiment trop important, bien là, il va y avoir un problème d'accessibilité lié à des ressources financières. Ça, c'est vraiment grave », souligne-t-elle.

Jasmin Guénette ne croit pas qu'il s'agisse de la commercialisation de la santé. « Pas du tout, dans le sens que si l'objectif est d'avoir un système de santé universel. L'objectif, c'est que moi, vous, les Canadiens en général, puissent se faire soigner sans égard à la fortune des gens », affirme M. Guénette.

Jasmin Guénette préconise aussi l'ouverture d'hôpitaux par des investisseurs privés.

D'autres médecins ont contacté Anne Leclerc pour qu'elle ouvre une clinique au Nouveau-Brunswick. « Il y a un besoin, il y a une demande, et la population le veut. Je pense que la demande sera assez forte. Il y aura de l'offre qui va sortir naturellement. Ça va être dans n'importe quelle province », prévoit la Dre Leclerc.

Pendant que le débat se poursuit, les 4000 clients des cliniques Médicina ont choisi leur camp. Ils préfèrent payer pour se faire soigner plus rapidement.

À lire aussi :

Le Nouveau-Brunswick est sur le point de perdre une génération d'infirmières praticiennes

Le Nouveau-Brunswick cherche à rapprocher les soins des patients

Diagnostic inquiétant pour les soins de santé au Nouveau-Brunswick

PLUS:rc