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Cameroun: Le Français Atangana, libéré lundi après 17 ans de prison, en route vers Paris

27/02/2014 08:07 EST | Actualisé 29/04/2014 05:12 EDT

Le Français Michel Thierry Atangana,libéré lundi après 17 ans de prison au Cameroun pour une affaire de détournement de fonds publics qu'il niait, s'est envolé jeudi soir vers la France, où il devait arriver tôt vendredi matin.

Il avait été interpellé en mai 1997 pour des détournements de fonds publics qu'il a toujours niés, ses avocats dénonçant un règlement de comptes politique. Son arrestation s'était produite peu après celle de l'un des hommes les plus puissants du régime du président Paul Biya, Titus Edzoa qui venait de rompre publiquement avec le pouvoir, et présenté comme un proche de M. Atangana.

"Nous sommes dans l'avion qui va décoller d'un moment à l'autre. Michel Thierry Atangana se trouve à côté de moi. C'est un soulagement", a déclaré l'un de ses avocats, Me Jean-Bernard Kéou, peu avant le départ de l'avion d'Air France prévu à 23h55 locales (22H55 GMT) à l'aéroport de Yaoundé.

"L'attente a été très longue. On a l'impression de vivre un mirage. Je suis très ému pour lui. Je suis aussi fier de voir qu'il va retrouver la France", a ajouté Me Kéou.

L'ancien détenu était attendu à Paris vendredi vers 06H35 locales (05H35 GMT), où il devait retrouver sa famille, notamment son fils qui n'avait que 5 ans en 1997.

Michel Atangana, 49 ans, "est un peu perdu. Il essaye de prendre ses repères. Dix-sept ans, ce n'est pas 17 jours", a déclaré à l'AFP un autre de ses avocats, Me Charles Tchoungang, à propos de son client, qui ne s'est pas exprimé publiquement depuis sa libération.

A sa sortie de prison lundi soir, M. Atangana avait été conduit à la résidence de l'ambassadrice de France au Cameroun où il passé ses premiers jours de liberté.

Il "se porte bien, il est en bonne forme", avait déclaré Me Tchoungang après lui avoir rendu visite le lendemain.

Cette remise en liberté, qui fait suite à un décret de remise collective de peine signé le 18 février par le président Biya, a mis fin à un long combat pour celui qui a toujours nié les détournements de fonds publics dont on l'accuse au Cameroun.

- Indemnisation -

M. Atangana avait été envoyé dans ce pays en 1994 par son employeur pour des projets routiers. La présidence camerounaise lui avait confié la direction d'une structure de travaux publics.

Mais en avril 1997, celui qu'on présente comme l'un de ses proches, Titus Edzoa, est arrêté.

Ancien secrétaire général à la présidence camerounaise, ce dernier a longtemps été l'un des personnages les plus puissants du régime de M. Biya, à la tête du pays depuis 1982, mais il vient de rompre avec le pouvoir et a déclaré sa candidature à la présidentielle.

Michel Atangana sera arrêté dans la foulée. Le Français est condamné une première fois à 15 ans de prison en octobre 1997 pour le détournement de 1,1 milliard de francs CFA (1,6 million d'euros) et la tentative de détournement de 59,4 milliards de francs CFA (90 millions d'euros).

Dans des conditions jugées scandaleuses par la défense, il est de nouveau condamné à 20 ans en octobre 2012. Une situation ubuesque pour ses avocats, qui dénonçaient deux condamnations pour les mêmes faits.

En mai 2013, l'affaire a pris une tournure diplomatique, le président français François Hollande dénonçant une durée de détention "inadmissible".

En novembre 2013, le Haut Commissariat aux droits de l'Homme de l'ONU dénonçait "les conditions inhumaines" de détention de M. Atangana et réclamait une "indemnisation" pour le préjudice subi.

"Toutes les instances judiciaires intervenues dans (sa) très longue privation de liberté" ont "manqué d'impartialité" et "il a été jugé deux fois pour les mêmes faits", relevait l'agence de l'ONU.

Les avocats de Thierry Michel Atangana ont déposé plainte à Paris en décembre 2013 contre trois ministres camerounais pour détention arbitraire.

Pour l'un de ses avocats à Paris, Me Dominique Tricaud, "sa libération n'est que le préalable à son indemnisation et à des sanctions contre ceux qui sont responsables de sa détention".

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