NOUVELLES

USA: des experts réservés sur la fécondation in vitro "avec trois parents"

26/02/2014 07:50 EST | Actualisé 28/04/2014 05:12 EDT

Un comité consultatif d'experts américains s'est montré réservé mercredi sur une nouvelle technique controversée de fécondation in vitro combinant l'ADN de trois personnes pour créer un embryon sans défaut génétique responsable de maladies héréditaires incurables.

Au terme de deux jours de réunion, le comité a fait part de ses recommandations à l'Agence américaine des médicaments (Food and Drug Administration, FDA) sur la sûreté de cette procédure pour des essais cliniques. Jusque-là, cette technique n'a été expérimentée que sur des singes.

Toutefois, ces experts ne se sont pas prononcés sur les questions éthiques que cette technique peut soulever. Ses détracteurs l'assimilent à des manipulations génétiques destinées à concevoir des bébés sur mesure.

"Il y a dans l'ensemble une grande inquiétude quant au bien-être de ces enfants", a estimé le Dr Evan Y. Snyder, président du comité d'experts, résumant la pensée d'un grand nombre de membres.

"Le sentiment dans le comité à ce stade de la recherche, c'est qu'il n'y a probablement pas assez de données, que ce soit dans les expérimentations animales qu'en laboratoire, pour commencer des essais cliniques", a-t-il ajouté.

Des scientifiques font valoir que cette procédure, appelée "fécondation in vitro avec trois parents", devrait être autorisée pour des essais cliniques vu son énorme potentiel médical.

Cette technologie consiste à retirer de l'ovule de la mère la mitochondrie, c'est-à-dire le générateur d'énergie des cellules, qui est défectueuse pour la remplacer par une mitochondrie saine provenant d'une autre femme.

Après avoir été fécondé par le sperme du père en laboratoire, l'ovule est implanté dans la mère et la grossesse peut alors se dérouler normalement.

Cette procédure a été inventée par Shoukhrat Mitalipov, un chercheur de l'Université de l'Oregon (nord-ouest), qui a réussi a fait naître cinq singes en parfaite santé et propose d'utiliser cette technique chez des humains dans des essais cliniques.

Chaque année, de 1.000 à 4.000 enfants qui naissent aux Etats-Unis développent une maladie mitochondriale, pour la plupart avant dix ans. Ces pathologies sont variées et touchent souvent le système nerveux central, provoquant la cécité ou des problèmes cardiaques.

Les maladies de la mitochondrie l'empêchent de convertir les nutriments alimentaires en énergie et résultent souvent d'anomalies génétiques provoquées par des mutations dans l'ADN mitochondrial transmis par la mère.

- "Empêcher des maladies horribles" -

Des scientifiques aux Etats-Unis ont déjà fait des expériences de fécondation réussies combinant des matériaux génétiques provenant de trois personnes, mais selon une technique différente.

En 2001, des chercheurs ont ainsi utilisé des tissus du cytoplasme, l'enveloppe entourant le noyau de l'ovule, chez une femme fertile. Ils l'ont ensuite implanté après la fécondation dans l'ovule d'une femme infertile. Près de vingt enfants ont été conçus de cette manière aux Etats-Unis.

Mais cette procédure a soulevé de nombreuses questions, qui ont conduit la FDA à demander aux scientifiques de cesser d'y recourir sans autorisation spéciale préalable.

Concernant la nouvelle technique sur laquelle se penche la FDA, le "Center for Genetics and Society", un organisme basé en Californie (ouest) qui y est opposé, estime que cette procédure "soulève de sérieuses questions de sûreté et d'éthique pour la société".

"Il s'agit d'une procédure biologiquement extrême qui pose un risque pour tout enfant conçu de cette manière et qui remet en question un consensus international de longue date contre la conception d'humains fabriqués génétiquement", juge Marcy Darnovsky, directrice de cet organisme.

Rejetant ces craintes, Susan Solomon, PDG de la New York Stem Cell Foundation, affirme qu'"il n'est pas question de bébés fabriqués génétiquement". "Nous essayons seulement d'empêcher des maladies horribles", a-t-elle expliqué au Washington Post.

La FDA n'est pas tenue d'adopter les recommandations des comités d'experts qu'elle consulte, même si elle les entérine le plus souvent.

Cette réunion n'a pas donné lieu à un vote des membres du comité car son objet "était seulement de discuter les questions relatives aux développements cliniques et non-cliniques de ce champ de recherche", a précisé à l'AFP une porte-parole de la FDA.

js/are

PLUS:hp