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Travail forcé au Congo dans les années 20: plainte contre la France pour "crime contre l'humanité"

25/02/2014 11:30 EST | Actualisé 27/04/2014 05:12 EDT

Une association française a déposé plainte mardi pour "crime contre l'humanité" contre l'Etat français et l'industriel du bâtiment Spie, accusés d'avoir recouru au travail forcé au Congo dans les années 1920 pour construire une ligne ferroviaire.

Le chemin de fer Congo-Océan (CFCO), qui relie Brazzaville au port de Pointe-Noire (500 km), a été construit entre 1921 et 1934 par la Société de construction des Batignolles (devenue ensuite Spie) pour le compte de l'Etat.

"Des civils ont été embarqués de force pour alimenter les chantiers", a expliqué l'historien Olivier Le Cour Grandmaison lors d'une conférence de presse. "Au moins 17.000 indigènes sont morts en raison des conditions de transport et de travail".

"Le travail forcé était de l'esclavage déguisé", a ajouté Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), qui a déposé la plainte. L'association agit sur la base d'une loi datant de 2001 qui, en qualifiant l'esclavage de crime contre l'humanité, l'a rendu imprescriptible.

Elle a engagé une action au civil devant le tribunal de grande instance (TGI) de Pontoise, dans la banlieue parisienne, contre l'Etat et les trois entités issues de la société des Batignolles: Spie, Spie-Batignolles et Clayax Acquisitions.

"Nous demandons au président du TGI de nommer un collège d'experts judiciaires aux frais de Spie pour évaluer l'ampleur du préjudice subi", a expliqué l'avocat de l'association, Norbert Tricaud. Le Cran demande aussi la création "d'un fonds d'indemnisation des victimes" pour financer un travail de mémoire.

Le travail forcé n'a été interdit qu'en 1946 par une loi portée par Félix Houphouët-Boigny, le futur président ivoirien.

Selon M. Le Cour Grandmaison, "l'essentiel des infrastructures réalisées dans les colonies l'ont été en recourant au travail forcé, qui a vraisemblablement concerné des millions de personnes".

Le Cran, qui milite pour obtenir des réparations pour les descendants d'esclaves, multiplie les actions judiciaires - dont l'issue est très incertaine - pour faire avancer sa cause.

En mai, il avait déjà assigné le groupe public d'investissement Caisse des dépôts (CDC) et l'Etat, accusés de s'être enrichis grâce à l'esclavage.

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