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Pour se financer, certains pays africains s'aventurent sur les marchés internationaux

25/02/2014 04:57 EST | Actualisé 26/04/2014 05:12 EDT

Pour obtenir de l'argent frais, certains pays d'Afrique subsaharienne s'aventurent depuis quelques années sur le marché international de la dette, des initiatives encore rares et menacées par la défiance des investisseurs envers le monde émergent.

Le Rwanda avait rencontré un franc succès en avril 2013, devenant le premier pays d'Afrique de l'Est à emprunter des fonds sur les marchés internationaux.

Dans la foulée, le Nigeria, le Ghana et le Gabon ont sollicité les investisseurs internationaux. La Côte d'Ivoire compte leur emboîter le pas et faire son retour sur les marchés en 2014.

"Un nombre croissant de pays d'Afrique subsaharienne tente l'expérience de lever des fonds sur le marché obligataire international", principalement en dollars, observe Jean-Loïc Guieze, économiste chez BNP Paribas.

En dehors de l'Afrique du Sud qui a recours régulièrement au marché, ce sont les Seychelles qui ont ouvert le bal en 2006, suivies par le Ghana, le Congo, le Gabon en 2007, puis par le Sénégal en 2009 après une pause liée à la crise financière.

Les efforts de désendettement réalisés depuis la fin des années 1990 ont rendu ces pays davantage crédibles auprès des investisseurs internationaux, pour qui la solvabilité est l'un des critères majeurs.

"Certains de ces pays sont parvenus à avoir des profils d'endettement jugés soutenables et font appel aux capitaux étrangers pour financer leur développement faute d'épargne nationale suffisante", remarque M. Guieze.

Si ces pays vont chercher des fonds sur le marché, c'est qu'ils doivent financer leur croissance et des projets d'infrastructure, au moment où les budgets consacrés à l'aide internationale par les pays occidentaux se réduisent.

Ces emprunts représentent également une alternative face au financement bilatéral en provenance des Etats-Unis, de l'Union européenne, ou encore de Chine, de Russie ou des pays du Golfe, qui est plus facile d'accès mais comporte des contreparties importantes.

"Les émissions sur le marché garantissent un certain niveau de transparence, en tout cas meilleurs que certains financements bilatéraux opaques", observe Jean-Louis Martin, responsable des études macroéconomiques de Crédit Agricole S.A.

- situation encore fragile -

L'appel aux marchés internationaux se développe mais reste toutefois minoritaire dans les flux de capitaux.

Seuls 14 des 54 pays africains ont déjà emprunté sur les marchés internationaux, soulignait l'agence de notation Moody's dans un rapport publié en octobre.

Si peu de pays ont recours au marché, cela tient d'abord à leur situation économique et politique encore fragile.

"La majorité des pays sont encore sous assistance internationale pour boucler leur budget", notamment auprès du Fonds monétaire international prévient M. Guieze, qui ajoute que "le contexte politique reste délicat dans plusieurs pays d'Afrique", ce qui peut faire peur aux investisseurs.

Sans compter les problèmes de gouvernance, à l'image de la suspension la semaine dernière du gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, qui avait dénoncé un scandale de détournement de fonds.

L'autre grand facteur qui pourrait refroidir les ardeurs de pays africains tient à la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui a décidé de réduire progressivement ses injections de liquidités en 2014.

"Les emprunts de certains émetteurs inhabituels reflétaient jusqu'à la fin du premier semestre 2013 une assez grande liquidité des marchés, une recherche de rendement des investisseurs et le fait que les pays concernés bénéficient d'une meilleure situation économique", rappelle M. Martin.

Or, quand la banque centrale américaine a prévenu en mai 2013 qu'elle allait réduire ses rachats d'actifs, les marchés ont rapidement réagi en retirant leurs avoirs des pays les plus risqués.

Les effets d'une politique monétaire moins accommodante aux Etats-Unis se constatent sur les devises de certains pays comme le Ghana et le Nigeria, qui ont chuté à des plus bas historiques ces derniers temps face au dollar.

Ces difficultés liées à la Fed pourraient toutefois n'être que temporaires face à l'émergence économique de l'Afrique.

Malgré le changement de cap de la Fed, "nous pensons que l'intérêt des investisseurs pour la région va être soutenu, compte tenu des perspectives de croissance solides pour l'Afrique", de l'ordre de 5% à 6% par an, estime Moody's.

L'agence de notation pronostique que six pays pourraient faire leurs débuts sur les marchés dans les prochaines années, à savoir l'Angola, le Cameroun, le Kenya, la Tanzanie, l'Ouganda et le Mozambique.

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