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Un quotidien ougandais publie les noms des «principaux» homosexuels du pays

25/02/2014 09:09 EST | Actualisé 27/04/2014 05:12 EDT
ASSOCIATED PRESS
A person wears a mask as Kenyan gays and lesbians and others supporting their cause wear masks to preserve their anonymity as they stage a rare protest, against Uganda's increasingly tough stance against homosexuality and in solidarity with their counterparts there, outside the Uganda High Commission in Nairobi, Kenya Monday, Feb. 10, 2014. Homosexuality has been criminalized in Uganda where lawmakers have recently passed a new bill, which appears to have wide support among Ugandans, that prescribes life imprisonment for "aggravated" homosexual acts. (AP Photo/Ben Curtis)

KAMPALA, Ouganda - Un quotidien ougandais a publié mardi les noms des «200 principaux» homosexuels du pays, après que le président ait adopté la veille une sévère loi antihomosexualité.

Le tabloïd «Piment rouge» a publié à la une les noms — et certaines photos — d'homosexuels présumés, sous la bannière «Dénoncés!».

La liste comprend des militants gais bien connus comme Pepe Julian Onziema, qui a fréquemment prévenu que la loi ougandaise pourrait engendrer des actes de violence à l'endroit des gais. Une vedette de la musique populaire ougandaise et un prêtre catholique apparaissent aussi sur la liste.

Le directeur de l'information de «Piment rouge», Ben Byarabha, a indiqué qu'ils ont uniquement publié les noms des militants gais les plus connus, en essayant d'utiliser des surnoms pour les autres. Certains, comme un religieux anglican à la retraite qui appuie les droits de gais, sont identifiés comme étant des «sympathisants». M. Byarabha n'a pas expliqué comment cette liste a été compilée.

Un tabloïd qui a depuis cessé de paraître avait publié une liste similaire en 2011, en appelant à l'exécution des gais. Un militant gai de premier plan, David Kato, avait été tué après la publication de cette liste, et certains de ses camarades avaient dit croire qu'il avait été ciblé en raison de ses activités.

Un juge ougandais avait plus tard condamné la publication de cette liste, en affirmant qu'elle représentait une atteinte à la vie privée.

«La chasse aux sorcières médiatique est de retour», a dénoncé sur Twitter une militante lesbienne bien connue, Jacqueline Kasha, qui compte parmi ceux mentionnés par «Piment rouge».

La nouvelle loi punit les premières infractions de 14 ans de prison. Elle rend également passibles de prison à vie les infractions qualifiées d'«homosexualité aggravée», à savoir de multiples relations homosexuelles entre adultes consentants, ou une relation homosexuelle avec un mineur, une personne handicapée ou un partenaire séropositif.

Le projet de loi proposait, à l'origine, la peine de mort pour certains actes homosexuels, mais cette partie a été retirée à la suite de condamnations internationales.

Le projet de loi est populaire en Ouganda mais des groupes de défense des droits de la personne ont demandé à M. Museveni, à plusieurs reprises, de ne pas le signer, affirmant qu'il est inutile dans un pays où l'homosexualité est déjà illégale en vertu d'une loi datant de l'époque coloniale et qui criminalise les actes sexuels «contre l'ordre de la nature».

M. Museveni affirme que cette loi est nécessaire pour contrer l'Occident, qui fait la promotion de l'homosexualité en Afrique.

Un porte-parole de la police ougandaise, Patrick Onyango, a déclaré mardi qu'aucun homosexuel n'a été arrêté depuis que le président Yoweri Museveni a entériné la loi, mais qu'au moins deux ont été épinglés depuis que les parlementaires ont adopté la loi en décembre.

M. Oziema dénombre plutôt six arrestations et affirme qu'une douzaine d'homosexuels ont maintenant fui le pays.

Le directeur du groupe ougandais de défense des droits de la personne Chapter Four, l'avocat Nicholas Opiyo, a prédit mardi que la nouvelle loi aggravera le sort des gais ougandais.

«L'adoption de cette loi antihomosexualité a rendu encore plus courageuse (...) la population dans son rejet de tout ceux perçus comme étant gais ou même sympathiques envers les gais, a-t-il dit. Ces choses vont se poursuivre. Elles vont devenir plus fréquentes.»

La loi ougandaise a été condamnée à travers le monde.

Des pays européens comme la Suède ont menacé de rompre leur aide à l'Ouganda si la loi était adoptée, et le président américain Barack Obama a prévenu que la loi «compliquerait» les relations entre Kampala et Washington.

Au Canada, le ministre des Affaires étrangères, John Baird, a fermement condamné la nouvelle loi. «Le Canada est extrêmement déçu que le président Museveni ait apposé sa signature à cette loi qui rendra l’homosexualité passible de l’emprisonnement à vie. Nous encourageons fortement le président à protéger les droits fondamentaux de tous les Ougandais, quelle que soit leur orientation sexuelle, conformément à la Constitution ougandaise», a déclaré M. Baird par communiqué.

Le ministre a ajouté que le projet de loi devait être «largement dénoncé».

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