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L'Ukraine lutte contre la faillite, la Russie plus conciliante

25/02/2014 12:32 EST | Actualisé 27/04/2014 05:12 EDT

L'Occident et la Russie cherchaient mardi à apaiser la tension autour de l'Ukraine, où les autorités provisoires luttent pour prévenir une faillite du pays et faire obstacle aux tentations séparatistes du sud et de l'est.

Après avoir mis en doute lundi la légitimité des nouveaux dirigeants ukrainiens et déclaré ne pas se voir "travailler" avec un gouvernement issu d'une "révolte", Moscou a abaissé d'un ton sa rhétorique mardi.

Tout en se déclarant opposé à la tenue d'une élection présidentielle anticipée le 25 mai, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a affirmé que Moscou souhaite "que l'Ukraine fasse partie de la famille européenne, dans tous les sens du mot".

"Nous sommes d'accord (...) qu'il serait dangereux et contreproductif de forcer l'Ukraine à un choix +soit vous êtes avec nous, soit contre nous+", a-t-il ajouté.

Côté occidental, des diplomates de haut rang ont apporté mardi leur soutien au nouveau pouvoir, tout en soulignant l'importance d'associer la Russie à tout règlement.

"Nous proposons du soutien, pas de l'ingérence", a expliqué à Kiev le chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton.

"Il est crucial que la Russie, en tant qu'important voisin de l'Ukraine, lui apporte aussi son soutien pour faire en sorte que le pays puisse aller de l'avant de la manière qu'il souhaite", a-t-elle dit.

Le numéro deux de la diplomatie américaine William Burns est arrivé mardi après-midi à Kiev pour rencontrer les nouveaux responsables.

La Russie avait annoncé en décembre un crédit de 15 milliards de dollars, dont elle n'a pour le moment versé que 3 milliards, ainsi qu'une forte baisse des prix du gaz.

Le versement du solde du prêt paraît désormais incertain au vu des tensions entre les deux capitales.

L'Ukraine elle-même a besoin de 35 milliards de dollars et place ses espoirs dans l'organisation d'une conférence de donateurs occidentaux, selon son ministre des Finances par intérim Iouri Kolobov. Cette requête a reçu un accueil favorable auprès des Européens.

"Il faut éviter une guerre civile, il faut éviter l'effondrement financier et économique du pays, et il faut organiser une conférence internationale pour éviter la faillite de l'Ukraine", a estimé le chef de la diplomatie grecque Evangelos Venizelos, dont le pays préside actuellement l'Union européenne.

- "Crimes contre l'humanité" -

Le Parlement a par ailleurs voté à une très large majorité une résolution demandant à la Cour pénale internationale (CPI) de poursuivre le président déchu Viktor Ianoukovitch, dans le cadre d'une enquête pour "crimes contre l'humanité".

Destitué samedi par le Parlement, il faisait déjà l'objet d'un mandat d'arrêt pour "meurtres de masse" de civils après les affrontements qui ont fait 82 morts à Kiev la semaine dernière dont une quinzaine de policiers.

"Le pouvoir (déchu) a bâti un système de bandits basé sur la corruption et les tueurs", a déclaré mardi Arseni Iatseniouk, l'un des responsables de l'opposition.

"S'il n'avait pas eu le bataillon du ciel (surnom donné aux victimes de Maïdan), il y aurait eu des milliers de morts. La seule solution pour ce pouvoir est le tribunal international de La Haye", a-t-il ajouté.

Mais, signe de la difficulté à trouver un compromis politique également à l'intérieur du pays, le Parlement a repoussé à jeudi la nomination d'un gouvernement de transition, initialement prévue mardi.

"Il faut que la décision soit prise jeudi. On ne peut pas attendre plus longtemps", a lancé au Parlement le président par intérim, Olexandre Tourtchinov. "Menez des consultations jour et nuit, mais il faut que ce soit transparent", a-t-il ajouté.

Les noms les plus fréquemment cités pour le poste de Premier ministre sont ceux du banquier et dirigeant de la contestation Arseni Iatseniouk, de l'oligarque d'opposition Petro Porochenko et de l'ancienne chef du gouvernement Ioulia Timochenko.

Cette dernière a toutefois déjà indiqué qu'elle ne briguait pas le poste et s'apprêtait à aller se faire soigner en Allemagne.

"Ceux qui participeront à ce gouvernement d'un côté sauvent le pays mais de l'autre doivent se rendre compte qu'ils commettent un suicide politique", a jugé M. Iatseniouk.

L'ex-champion du monde poids-lourds de boxe, devenu l'un des dirigeants de la contestation, Vitali Klitschko a pour sa part annoncé sa candidature à l'élection présidentielle anticipée du 25 mai, affirmant vouloir "rétablir la justice" afin de "changer complètement les principes et les règles du jeu en Ukraine".

Le gouverneur pro-russe de la région de Kharkiv, Mikhaïlo Dobkine, s'est également déclaré candidat. La campagne électorale a débuté mardi et les candidats ont jusqu'au 30 mars pour s'inscrire, selon la commission électorale centrale.

Mme Timochenko, en revanche, n'a fait "aucune déclaration concernant l'élection présidentielle", selon sa porte-parole mardi.

- Signes de séparatisme -

Le président par intérim a appelé à "mettre immédiatement un terme aux manifestations dangereuses de séparatisme", sans citer de cas concrets.

A Sébastopol et Simféropol, dans la péninsule pro-russe de Crimée, des manifestations pro-russes se sont déroulées mardi, rassemblant plusieurs centaines de personnes.

Dans le port de Sébastopol, qui abrite la flotte russe de la mer Noire, deux blindés stationnaient en ville, l'un sur le territoire de l'état-major de la flotte russe et l'autre dans la cour de la Maison de Moscou, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Les Occidentaux ne cachent pas depuis plusieurs jours leurs craintes pour l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Ils redoutent que la crise des derniers mois n'ait creusé le fossé entre l'Est russophone et russophile, majoritaire, et l'Ouest nationaliste et ukrainophone.

"On ne va pas abandonner nos frères en Ukraine dans ce conflit de civilisations", a prévenu Leonid Sloutski, député russe et chef de la commission parlementaire en charge des affaires d'ex-républiques soviétiques, qui se trouvait mardi à Simféropol, chef-lieu de la péninsule pro-russe de Crimée (sud), selon les agences russes.

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