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Le scandale des faux positifs rebondit en Colombie

25/02/2014 12:45 EST | Actualisé 26/04/2014 05:12 EDT

Le scandale des "faux positifs" a de nouveau rebondi en Colombie, où plusieurs responsables de l'armée ont été épinglés dans ce dossier explosif, celui des exécutions extrajudiciaires de milliers de civils présentés comme des guérilleros.

Le président Juan Manuel Santos a récemment remanié la tête de l'armée après des révélations dans la presse sur le comportement de hauts responsables qui auraient touché des pots-de-vin sur des contrats militaires afin d'acheter le silence de soldats poursuivis pour ces exécutions illégales.

Trahi par un enregistrement, le commandant même des forces militaires, le général Leonardo Barrero, a été limogé pour avoir appelé à se liguer "comme une mafia" contre "ces +fils de pute+ de magistrats".

Mais pour les familles de victimes, ce remaniement est loin d'être suffisant et ravive l'un des chapitres les plus douloureux du conflit armé interne qui secoue depuis près d'un siècle le pays avec notamment la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), qui mène actuellement des négociations de paix avec les autorités.

Endeuillées depuis 2008, les "Mères de Soacha", un groupe de femmes issues de cette banlieue pauvre de Bogota, ont réclamé des comptes. Disparus, leurs enfants ont été présentés comme des rebelles tués au combat.

Après le nouveau scandale frappant l'armée, elles ont réclamé la démission du ministre de la Défense, Juan Carlos Pinzon. "Qui défend-il ? Nous les victimes ou les assassins ?", lance à l'AFP Maria Sanabria, dont le fils avait 16 ans lors de sa mort.

- Intervention de la CPI ? -

"Comme mon fils aurait pu être un guérillero s'il a disparu un 6 février et été assassiné le 8 février de la même année ?", s'exclame celle qui comme les autres femmes du collectif n'a retrouvé son enfant qu'à la morgue.

Même indignation chez Luz Marina Bernal, autre "mère de Soacha" qui a passé "huit mois à chercher (son fils) dans les cliniques, les hôpitaux, les auberges", quand elle a découvert sa photo à l'Institut médico-légal. "Il avait 13 balles dans le corps".

Le scandale des "faux positifs" a fortement ébranlé l'image de l'armée colombienne. Certains soldats avaient exécuté des civils présentés comme des rebelles dans le seul but d'obtenir des récompenses ou des permissions.

Selon un rapport du parquet, "il existe 1.872 enquêtes pour des homicides attribués à des agents de l'Etat".

Président d'un collectif d'avocats, Luis Guillermo Perez, qui défend les familles des victimes, dénonce une "grande opération pour couvrir" le scandale. Selon lui, le piétinement des enquêtes et l'absence de "sanctions pour les militaires ouvre la voie à une intervention de la Cour pénale internationale".

"Nous voulons qu'ils soient condamnés comme il convient, mais pas dans des cantonnements militaires, qui sont comme des hôtels cinq étoiles", clame-t-il.

D'une nature très complexe, le conflit armé, qui a mêlé des guérillas communistes, des milices paramilitaires et des bandes criminelles, a fait en 50 ans plusieurs centaines de milliers de morts et 4,5 millions de déplacés.

La question des victimes est l'un des chapitres des négociations délocalisés depuis plus d'un an à Cuba entre la rébellion des Farc, qui compte encore selon les autorités près de 8.000 combattants, et le gouvernement de M. Santos.

Le cas des "faux positifs" est apparu depuis 20 ans, selon le Centre d'enquête et d'éducation populaire (Cinep), spécialiste du dossier. Un de ses responsables, Alejandro Angulo, explique à l'AFP que les langues ont commencé à se délier après l'éclatement du scandale de Soacha en 2008.

Selon lui, ces exécutions extrajudiciaires se sont multipliés durant le gouvernement d'Alvaro Uribe, réputé pour avoir appliqué une politique de fermeté à l'égard des Farc durant ses deux mandats entre 2002 et 2010.

"L'augmentation de ce type de délit a été constaté surtout à l'époque de l'ex président Uribe, car son slogan était la défaite des Farc" et qu'"il a maintenu une forte pression sur les militaires afin qu'ils rapportent des +trophées+ de guerre", affirme ce chercheur.

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