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Centrafrique: Paris admet des "difficultés considérables", 15.000 personnes en grand danger selon l'ONU

25/02/2014 12:51 EST | Actualisé 27/04/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault a admis mardi les "difficultés considérables" rencontrées par ses 2.000 soldats en Centrafrique, où 15.000 personnes, essentiellement des musulmans, sont encerclées par des groupes armés, selon l'ONU.

"Les difficultés sont considérables" en Centrafrique et la France "ne les sous-estime pas et ne cherche pas à les minimiser", a assuré le chef du gouvernement lors d'un débat au Parlement sur la prolongation de l'intervention militaire française, lancée le 5 décembre pour enrayer une spirale de violences interconfessionnelles.

"Nos efforts ont commencé à porter leurs fruits. L'embrasement généralisé qui menaçait a été évité", a cependant tempéré M. Ayrault, citant notamment pour preuve l'organisation d'élections prévues en février 2015.

En dépit de la mobilisation de la France, épaulée sur le terrain par quelque 6.000 militaires de la force de l'Union africaine en Centrafrique (Misca), le pays reste secoué par des violences quotidiennes.

"Rien n'a été réglé, le pays est toujours à feu et à sang", a résumé un député de l'opposition de droite UMP, Eric Woerth. "On a évité un massacre", mais "il n'y a pas d'Etat: pas de justice, pas de police, pas d'école, plus rien".

Le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, a aussi critiqué "l'incapacité" de l'exécutif "à convaincre nos alliés européens de se joindre à l'opération". "Mais l'action de nos militaires a permis d'arrêter les massacres à Bangui et leur départ les ferait redémarrer", a-t-il jugé.

Malgré les interrogations sur les risques d'enlisement et le sous-dimensionnement du contingent français, évoqués par des experts, les deux chambres devraient approuver dans la soirée une prolongation de la mission des militaires français, tous les groupes parlementaires ayant annoncé leur volonté de voter pour.

La consultation du Parlement français est prévue par la Constitution pour les opérations extérieures qui se prolongent au-delà de quatre mois.

- Excès de confiance -

En déployant début décembre en Centrafrique 1.600 militaires français, auréolé de son succès quelques mois plus tôt au Mali, le président français François Hollande avait prédit une mission rapide et assigné à ses troupes la mission de désarmer les belligérants.

Trois mois plus tard, le désarmement reste un vaste chantier et les violences, attisées par les vengeances, perdurent entre chrétiens et musulmans.

Des dizaines de milliers de musulmans ont fui vers le Nord et mardi, le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) a lancé un cri d'alarme à propos de 15.000 personnes au moins, essentiellement des musulmans, encerclées par des groupes armés en 18 lieux différents dans le nord-ouest et le sud-ouest du pays.

"Il y a un grand risque d'attaques et ils ont besoin d'urgence d'une meilleure sécurité", a déclaré à Genève Adrian Edwards, porte-parole du HCR. "Les atrocités sont devenues fréquentes", a-t-il souligné, mentionnant le cas de trois musulmans stoppés samedi dans un taxi par une foule près de Bangui et massacrés.

"Le nombre des troupes est largement insuffisant en considérant la taille du pays et la gravité de la crise", a ajouté le porte-parole du HCR.

A la demande pressante de l'ONU, Paris, longtemps réticent à tout effort supplémentaire, s'est résolu à envoyer récemment 400 soldats de plus. L'Union européenne a promis un millier d'hommes, qui ne sont toujours pas déployés sur le terrain.

"Il faut que l'ONU prenne rapidement le relais", a déclaré mardi Jean-Marc Ayrault. Pour assurer la sécurité, "une opération de maintien de la paix sous Casque bleu nous paraît seule à même de répondre aux besoins de la Centrafrique", a-t-il dit.

Pour l'opposition, la France a péché par excès de confiance sur un théâtre d'opérations - une ancienne colonie - qu'elle croyait bien connaître.

Selon des sources diplomatiques, la France a soumis à ses partenaires au Conseil de sécurité de l'Onu une liste de responsables susceptibles d'être sanctionnés pour leur rôle dans la crise centrafricaine. Parmi eux figurent ceux de l'ex-président François Bozizé, renversé en mars 2013 par la rébellion Séléka, ainsi que des membres de la Séléka, un mouvement à dominant musulmane.

Après leur prise de pouvoir, les rebelles Séléka, à dominante musulmane, avaient multiplié les exactions contre les chrétiens, largement majoritaires dans le pays. Ces derniers ont alors formé des milices d'autodéfense, les anti-balaka, qui s'en prennent désormais aux civils musulmans.

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