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Turquie: Erdogan et des milliers de personnes victimes d'écoutes (presse)

24/02/2014 11:34 EST | Actualisé 26/04/2014 05:12 EDT

Des milliers de personnes ont été placées sur écoutes en Turquie, parmi lesquelles le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, le chef des services secrets et de nombreux journalistes, ont rapporté des journaux, une information qui a suscité l'émoi au sein du gouvernement.

"Il s'agit malheureusement d'un événement très consternant (...) L'opinion publique est très sensible à cette affaire", a indiqué le porte-parole du gouvernement islamo-conservateur Bülent Arinç, au terme d'un conseil des ministres.

Selon deux quotidiens pro-gouvernementaux, Yeni Safak et Star, les téléphones de ces personnalités ont été espionnés depuis 2011 sur ordre de policiers ou de magistrats proches de la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen, à laquelle M. Erdogan a déclaré la guerre en l'accusant d'être à l'origine d'un scandale politico-financier sans précédent qui éclabousse son régime.

Un des deux procureurs mis en cause par ces journaux dans cette affaire a catégoriquement nié avoir ordonné des écoutes.

"Ces allégations sont dénuées de tout fondement. Aucune opération illégale n'a été ordonnée", a affirmé Adnan Cimen au journal Milliyet, sans autre précision.

L'existence de ces "bretelles" a été découverte, selon les informations de presse, par les procureurs récemment nommés par le gouvernement pour prendre en main la direction des enquêtes anticorruption à l'origine du scandale, après une vague de purges historiques dans la justice et la police.

Le quotidien Star a chiffré à près de 7.000 le nombre de personnes écoutées, tandis que M. Arinç a évoqué le chiffre de 2.280.

Ce dernier a expliqué que les procureurs ayant ordonné les écoutes n'avaient pas informé leurs supérieurs, contrairement à la loi.

"Ces procureurs doivent publiquement s'excuser de toutes les personnes qu'ils ont mises sur écoute", a dit le porte-parole du gouvernement.

Parmi les personnalités visées selon les deux journaux figurent, outre M. Erdogan et le chef de l'agence turque de renseignement (MIT) Hakan Fidan, un de ses fidèles, plusieurs ministres, nombre de leurs conseillers, des membres de l'opposition, des hommes d'affaires, des responsables d'ONG et des journalistes.

Ces écoutes ont été mises en place à partir de 2011 dans le cadre d'une enquête ouverte sur une prétendue "organisation terroriste", selon ces médias.

Cette information intervient alors que le Parlement turc débat actuellement d'un projet de loi controversé du gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002, destiné à renforcer les pouvoirs du MIT, notamment en matière d'écoutes téléphoniques administratives.

M. Erdogan, qui réunissait lundi les cadres de l'AKP, a indiqué que ces révélations "montrent combien la loi sur le MIT est nécessaire", selon les chaînes de télévision.

Faruk Logoglu, un des vice-présidents du Parti républicain du peuple (CHP), la principale force d'opposition, lui aussi victime d'écoutes, a vu dans ces informations la volonté de M. Erdogan de "soutenir sa rhétorique de l'Etat parallèle utilisée contre le mouvement Gülen".

Depuis la révélation mi-décembre d'enquêtes anticorruption visant des dizaines de proches du pouvoir, M. Erdogan accuse ses ex-alliés de la confrérie Gülen de manipuler ces dossiers pour le déstabiliser à la veille des élections municipales du 30 mars et présidentielle d'août 2014.

Les proches de M. Gülen démentent catégoriquement ces affirmations.

Outre des purges massives dans la police et la justice, le Premier ministre a fait adopter deux lois qui renforcent le contrôle d'internet et de l'institution judiciaire, des lois dénoncées en Turquie et à l'étranger comme autoritaires et liberticides.

BA/plh

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