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<em>Les persévérants</em>, à ICI RDI : pour inciter les jeunes à «raccrocher»

24/02/2014 08:40 EST | Actualisé 24/02/2014 08:40 EST
Courtoisie ICI Radio-Canada

C’est un magnifique projet que présente la série documentaire Les persévérants, qui s’amorce ce lundi sur les ondes d’ICI RDI. Un projet utile, qui pourrait générer bien des discussions et, pourquoi pas, inspirer des institutions scolaires à implanter des programmes semblables entre leurs murs. Car à l’heure où le Québec détient le pire taux de diplomation de toutes les provinces canadiennes et où seulement 72% des jeunes complètent leur formation secondaire avant l’âge de 20 ans, il n’a jamais paru aussi urgent de trouver des moyens concrets d’enrayer le décrochage scolaire.

La formule est très simple. On a recruté neuf étudiants de l’école secondaire Cavelier-De LaSalle, affiliée à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. Âgés de 13 à 15 ans, les adolescents choisis éprouvent des difficultés à réussir à l’école et sont des candidats potentiels sérieux au décrochage. On ne répertorie aucun cas de délinquance lourde parmi les six garçons et les trois filles du groupe, mais tous manquent de motivation devant les livres et pourraient à tout moment déserter leurs pupitres s’ils en avaient l’occasion. Certains souffrent de déficits d’attention ou de troubles obsessifs compulsifs, par exemple.

On suppose que la majorité d’entre eux provient de milieux défavorisés, mais l’approche du réalisateur Mathieu Baer, de la conceptrice Marie-Claude Durand et des productrices Sophie Ferron et Debra Kouri ne s’attarde pas vraiment à cet aspect. Dans Les persévérants, on ne cherche pas de coupables et on n’insiste pas sur les faiblesses des participants; on incite plutôt à la recherche de solutions et on s’oriente vers le positif.

Des spécialistes pour motiver

Ainsi, on a créé un «laboratoire» pour accompagner, guider, encadrer et conseiller ces neuf élèves. Dans des ateliers tenus en dehors des heures de classe, soit le soir, le week-end ou lors des congés pédagogiques, ils ont discuté avec des spécialistes qui leur ont proposé des activités ainsi que des trucs à mettre en application au quotidien, leur ont donné des outils pour se responsabiliser et cheminer par eux-mêmes. Les experts ont également partagé des bribes de leurs expériences personnelles avec leurs protégés, pour leur montrer que tout est possible.

Les ados ont notamment échangé avec Lysanne Goyer, psychologue de la santé, le docteur Gaétan Brouillard, spécialisé en médecine préventive et fonctionnelle, Jean-François Thibault, entraîneur sportif, Natasha Azrak, nutritionniste et diététiste, et Marielle Potvin, orthopédagogue. Parce que la motivation et l’envie de réussir, ça ne passe pas seulement par des notes académiques, mais aussi par l’estime de soi, le mode de vie, l’alimentation, la gestion du stress et quantité d’autres facteurs. Bref, par la santé globale. Tout au long de la série, on verra les progrès des étudiants et, aux dires des membres de la production, on remarquera rapidement les résultats, même s’il y a eu des hauts des bas pour chacun. D’ailleurs, peut-être que l’un ou l’autre abandonnera le projet en cours de route, parce que les règlements imposés ne sont pas toujours faciles…

Les exercices soumis à la petite formation sont variés et permettront aux futurs «raccrocheurs» de se dépasser et de s’épanouir. On les invite, par exemple, à jouer au soccer, à faire du cross-country et à simuler des cascades comme au cinéma. On leur offre un iPod pour qu’ils se filment et enregistrent leurs impressions tout au long de l’aventure. L’humoriste Philippe Laprise viendra les rencontrer, pour leur raconter qu’il a lui-même dû composer avec des problèmes d’hyperactivité, et faire de l’improvisation avec eux. Il leur confiera le mandat de s’impliquer chacun à leur façon pour monter un spectacle, dans lequel chacun jouera un rôle, sur scène ou en coulisses, et que lui animera. Le rappeur Webster, lui, leur lancera la mission de composer un rap et de travailler leurs textes. Au dernier épisode, on assistera à la remise des bulletins et à la présentation du spectacle avec Philippe Laprise.

Des amitiés sincères

Les jeunes «vedettes» des Persévérants, ce sont Colby, un passionné d’arts martiaux, anglophone, qui se débrouille néanmoins très bien dans la langue de Molière; Dannick, un adepte de jeux vidéos; Jesse-Paul, un sportif épris de liberté; Jessica, une artiste dans l’âme qui fait de la danse, de la peinture et qui écrit; Maksat, un mordu d’informatique et amoureux des animaux, d’origine russe; Marc-Antoine, qui s’éclate autant dans les sports que devant l’ordinateur; Pierre-Alexandre, un petit clown qui ne rate jamais une partie de tennis ou de hockey; Talia, une musicienne dont l’instrument de prédilection est la flûte traversière, qui pratique aussi le karaté, et Serina, une vieille âme, douce, qui aime aider les autres.

Vous vous attacherez très rapidement à ces gamins qui s’expriment encore avec la candeur de l’enfance. Devant la caméra, ils ne se gênent pas pour verbaliser ouvertement leurs craintes, leurs découragements, leurs espoirs et leurs joies. «J’écoute, j’écoute, j’écoute, mais à un moment donné, ça devient fatiguant!», déclarera l’un d’eux pour illustrer ses difficultés à suivre dans les cours. Jessica, dont l’un des principaux défis consiste à manger trois repas par jour, une habitude simple qu’elle du mal à acquérir, sera très franche lorsqu’on la félicitera d’avoir atteint son objectif une première fois : «Je me sentais grosse et pleine», avouera-t-elle.

Quand on s’enquiert de ce qu’ils aimeraient faire plus tard, comme métier, ils répondent spontanément «avocate», «pompier», «zoologiste» «combattant de la UFC». Jessica, elle, affirmera qu’elle espère simplement «être heureuse». «On est là pour que vous puissiez rencontrer vos rêves», leur dira l’une des intervenants, pour les encourager. Il est presque émouvant de constater la bonne entente qui règne entre tous les participants; ils s’appuient l’un et l’autre, se respectent, ne se jugent jamais, et des amitiés se sont tissées entre eux.

Tous les tournages des six épisodes des Persévérants ont eu lieu entre septembre et décembre 2013. ICI RDI croit tellement à l’entreprise qu’on a déjà confirmé qu’une deuxième saison sera tournée, et aboutira en ondes l’an prochain. On y suivra les mêmes jeunes, mais en s’arrêtant un peu plus à leur environnement familial, cette fois. Il sera intéressant de mesurer les changements qu’ils auront apportés à leur vie après avoir vécu l’expérience une première fois.

Les persévérants, le lundi à 21h, à ICI RDI, du 24 février au 31 mars. En rediffusion sur ICI Explora le mardi à 21h, et en rattrapage sur Tou.tv et au perseverants.radio-canada.ca. Il n’est pas exclu que la série soit éventuellement reprise à ICI Radio-Canada Télé.