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Espagne: polémique après un faux reportage sur la tentative de coup d'Etat de 1981

24/02/2014 08:24 EST | Actualisé 26/04/2014 05:12 EDT

Un faux documentaire affirmant que la tentative de coup d'Etat militaire de 1981 en Espagne fut orchestrée par les dirigeants de l'époque en complicité avec la Maison royale et mis en scène par un réalisateur afin de "renforcer l'image du roi" faisait polémique lundi.

Dans la nuit du 23 au 24 février 1981, le roi Juan Carlos apparut à la télévision pour défendre "l'ordre constitutionnel", mettant fin à la tentative de coup d'État menée par le lieutenant-colonel Antonio Tejero, qui avait fait irruption au Congrès des députés les armes à la main.

Cinq ans après la mort du dictateur Francisco Franco, les Espagnols avaient alors retenu leur souffle durant cette nuit historique, pensant que la jeune démocratie pouvait basculer. Ces heures sont restées dans les mémoires comme celles où le roi a conquis sa légitimité.

Dimanche dernier, pendant 50 minutes, les téléspectateurs qui ont vu le documentaire "Opération Palace" ont pu croire que la tentative avait en fait été imaginée par les dirigeants et l'opposition de l'époque, en complicité avec la Maison royale et les services secrets.

L'objectif? "Protéger la démocratie des menaces des militaires et renforcer la figure du roi comme chef d'Etat", selon le faux documentaire réalisé par le célèbre journaliste et trublion de la télévision espagnole Jordi Evole, prétendûment sur la base de documents secrets de la CIA.

Tout aurait commencé avec une réunion, le 2 janvier 1981, à laquelle participent le chef du gouvernement, alors en difficulté, Adolfo Suarez, le chef de l'opposition socialiste, Felipe Gonzalez, des responsables politiques, le secrétaire général de la Maison royale et un dirigeant supposé des services secrets.

Tous sont d'accord sur le "besoin urgent" de marquer un grand coup pour contrer l'agitation militaire latente. Ils décident de monter une fausse tentative de coup d'Etat, sachant qu'elle n'aboutira pas et demandent au réalisateur José Luis Garci de la mettre en scène.

Soutenu par le témoignage du réalisateur et les interviews de journalistes vétérans et de responsables politiques bien réels, le faux documentaire développe l'idée que la nuit du coup d'Etat répond à un scénario préparé en amont, avec comme point d'orgue le célèbre discours du roi filmé six jours avant.

- "Affabulations" -

Le reportage se termine par le message d'explication: "Nous aurions aimé raconter la véritable histoire du 23 février, mais cela n'a pas été possible. Le Tribunal suprême n'autorise pas à consulter les archives du procès (des militaires impliqués, ndlr) jusqu'à ce que 25 ans se soient écoulés après la mort des personnes poursuivies ou 50 ans après le coup d'Etat", ont pu lire les téléspectateurs.

"Cette décision offre un terrain fertile aux théories et affabulations de tous types. Comme celle-ci. La nôtre ne sera probablement pas la dernière ni la plus fantaisiste", conclut le message.

Plus de 30 ans après la tentative, certains en Espagne réclament encore des explications, notamment sur l'identité d'un mystérieux "Elephant blanc" cité par Tejero et la portée de l'implication des services secrets, voire du roi.

"On ne sait rien du volet civil du 23 février, qui n'a pas fait l'objet d'une enquête, et on ne sait rien officiellement sur l'implication du roi qu'aucun historien ne met en doute", affirmait lundi sur son blog le sénateur nationaliste conservateur basque Iñaki Anasagasti, qui a participé au faux documentaire.

Jordi Evole affirme s'être inspiré d'"Opération Lune", un faux documentaire sur la conquête spatiale réalisé en 2002 par William Karel.

Outre un succès d'audience, avec 23,9% de part de marché pour la chaîne privée La Sexta, son émission s'est aussi attirée de nombreuses critiques.

"Mes parents et mes oncles avaient fait leurs valises le 23 février. Ils ont allumé leur télé avec grand intérêt. C'est un vrai manque de respect", s'indignait une internaute sur Twitter

Sur Twitter le sujet restait brûlant lundi (#OperacionPalace, #JordiEvole) tandis que la presse publiaient de nombreuses tribunes pour ou contre l'initiative.

"Si #OperacionPalace a servi à ce que l'on réfléchisse un peu sur comment filtrer la quantité d'information que nous recevons, alors tant mieux", écrivait Jordi Evole sur Twitter.

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