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Commission Charbonneau: Hydro-Québec «craint Rambo» dit l'enquêteur Sabourin

24/02/2014 09:54 EST | Actualisé 24/02/2014 12:51 EST
Capture d'écran

L'enquêteur de la CCQ Jean-François Sabourin rend compte à la commission des méthodes employées par Bernard « Rambo » Gauthier pour imposer des travailleurs de son choix sur le chantier de La Romaine d'Hydro-Québec sur la Côte-Nord.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

Le prochain témoin sera Pierre Laprise, directeur des opérations de la firme Fernand Gilbert

L'enquêteur Sabourin, qui a rencontré près d'une centaine de témoins dans la région entre 2009 et 2011, a expliqué que M. Gauthier avait la volonté de contrôler l'embauche pour le chantier de La Romaine.

« Rambo » lui aurait lui-même « mentionné qu'il estimait devoir être consulté lors de tout mouvement de main d'œuvre » afin de préparer ses membres à la venue de travailleurs d'autres régions, de « calmer le jeu ».

Mais les témoignages recueillis par l'enquêteur Sabourin laissent plutôt croire que le représentant du local 791 des opérateurs de machinerie lourde cherche avant tout à imposer aux employeurs les travailleurs FTQ-Construction de la Minganie, voire favorise les gens de son entourage qui partagent sa « ferveur syndicale », au détriment d'autres membres de son local.

L'enquêteur de la CCQ a notamment donné l'exemple de l'entreprise Bob-Son, un sous-traitant de Fernand Gilbert, dont deux employés n'ont pu accéder au chantier au début des travaux prévus, à l'automne 2009.

Le patron de Bob-Son avait refusé de céder aux pressions de Rambo qui ne voulait pas de son représentant sur le chantier, laissant planer la menace d'un arrêt de chantier.

Les deux hommes avaient été accueillis à leur arrivée par un représentant d'Hydro-Québec qui leur avait fait valoir que leur avis d'affectation n'était pas en ordre. Il était accompagné d'un bras de droit de Rambo, Marc « Capé » Bérubé, un homme qui a la carrure d'un lutteur...

Selon l'enquêteur Sabourin, Hydro-Québec « craint Rambo » et l'impact qu'il pourrait avoir sur le bon déroulement des travaux, notamment en provoquant des arrêts de travail.

« Quelques employeurs m'ont rapporté que selon eux, Hydro-Québec craignait les répercussions de moyens de pression de Bernard Gauthier, un ralentissement de travail, des arrêts de travail… » — Jean-François Sabourin

L'enquêteur Sabourin a notamment évoqué un arrêt de travail d'un jour provoqué par Bernard « Rambo » Gauthier en novembre 2009 pour forcer Hydro-Québec et d'autres employeurs à instaurer plus de vols par avion pour les travailleurs.

La CCQ avait d'ailleurs fait enquête, ce qui débouchera sur des poursuites et un plaidoyer de culpabilité pour M. Gauthier et deux délégués de chantiers. Le premier aura droit à une amende de 8000 $, les deux autres de 75 $... M. Gauthier est toujours le représentant du local 791 à La Romaine.

Selon différents employeurs, leurs pertes auraient été de 300 000 $ pour cette journée de travail perdue.

Selon l'enquêteur, au fil des années, Bernard « Rambo » Gauthier a eu tendance à déléguer l'organisation des arrêts de travail et autres événements à ses délégués de chantier.

Il estime qu'au moment de son enquête sur la Côte-Nord, « un climat de peur », régnait sur les chantiers, une situation sans équivalent au Québec.

Mais, poursuit-il, de plus en plus de gens seraient depuis prêts à dénoncer l'intimidation qui y est vécue, rompant avec la loi du silence.

Préparer le terrain pour la venue de Rambo

Ce segment sur le représentant syndical du local 791 (opérateurs de machinerie lourde, FTQ-Construction) constituera en fait le dernier élément-clé du témoignage de Jean-François Sabourin, de l'Unité des enquêtes spéciales de la Commission de la construction du Québec (CCQ).

M. Sabourin sera ensuite contre-interrogé. L'avocat de la FTQ-Construction, Me Robert Laurin, devrait avoir quelques questions pour lui. L'avocat du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (CPQMC-International), Me André Dumais, qui ne pouvait être présent aujourd'hui, a déjà procédé à son contre-interrogatoire.

Le témoignage de Jean-François Sabourin, ainsi que ceux livrés au cours des dernières semaines par d'autres témoins, comme l'enquêteur Michel Comeau et l'entrepreneur Normand Pedneault, mettent la table pour la venue à la commission de Bernard Gauthier.

En janvier, le représentant syndical de la FTQ-Construction a comparu au palais de justice de Sept-Îles pour des accusations d'intimidation et de harcèlement. Dans une deuxième cause qui sera entendue le 20 mars, il devra répondre à un engagement de ne pas troubler l'ordre public.

Bernard Gauthier a aussi été accusé d'avoir intimidé un employeur au chantier du lac Bloom, près de Fermont, en février 2009 et d'avoir tenté de priver un employeur de sa liberté d'embauche en août 2009, mais il été acquitté en 2012.

Bernard « Rambo » Gauthier est connu du grand public pour une intervention médiatique effectuée après que l'émission Enquête de Radio-Canada l'eut identifié comme la tête dirigeante d'un régime pratiquant l'intimidation et la discrimination sur les chantiers de construction de la Côte-Nord.

M.Gauthier avait alors affirmé qu'il était victime d'une campagne de salissage et s'était posé en défenseur des travailleurs de la Côte-Nord.

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