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L'arrestation d'El Chapo laisse des questions en suspens

23/02/2014 03:38 EST | Actualisé 24/04/2014 05:12 EDT

L'arrestation de Joaquin Guzman, l'un des barons de la drogue les plus puissants du monde, représente un succès pour le gouvernement mexicain, mais elle ne résout pas les problèmes de fond et pourrait même déclencher une vague de violences.

La cavale d'« El Chapo » - le petit, un surnom qu'il doit à sa taille - a pris fin samedi avant l'aube, 13 ans après son évasion d'une prison de haute sécurité. Il a été arrêté à la suite d'une percée dans l'enquête provoquée par la saisie d'un téléphone portable dans une résidence où était cachée de la drogue.

Depuis 2001, l'ennemi public n°1 du Mexique a bâti un empire, dont l'activité se chiffre en milliards de dollars, et gagné un statut de légende vivante dans son État natal de Sinaloa, au point que des chansons lui sont dédiées.

Selon des experts, son cartel, même décapité, pourrait n'avoir aucun mal à lui survivre. « El Chapo était le stratège, le PDG, mais il y a toujours son équipe dirigeante qui contrôle les choses », estime Sylvia Longmire, une ancienne capitaine de l'US Air Force devenue spécialiste de la lutte contre le narcotrafic.

La mise hors-circuit de Joaquin Guzman pourrait parallèlement aiguiser l'appétit d'organisations rivales car le trafic de drogue est un marché lucratif. La fortune personnelle de Guzman est évaluée à un milliard de dollars par le magazine Forbes.

« À chaque fois que le leadership d'un cartel vacille, il y a des guerres de territoire à des échelons inférieurs », souligne Malcolm Beith, auteur de The Last Narco, une biographie d'El Chapo.

« On a déjà assisté ces derniers mois à une hausse de la violence dans l'État du Sinaloa, depuis la capture ou la mort de plusieurs lieutenants de haut niveau. Je m'attends à ce que ce phénomène redouble. »

Violences et corruption persistantes

Les luttes de pouvoir pourraient même déchirer l'organisation de Joaquin Guzman, puisque son bras droit Ismael Zambada, pressenti pour prendre la succession, est âgé de 65 ans. De quoi donner des idées à de jeunes ambitieux.

En attendant, la spectaculaire arrestation du baron Guzman, menée en huit minutes et sans échange de coups de feu, est une victoire personnelle pour le président du pays, Enrique Pena Nieto, qui avait été élu en 2012 sur la promesse d'enrayer la violence.

Voilà pour lui une réponse toute trouvée à ses détracteurs, rendus sceptiques par l'insécurité persistante.

Certes, le nombre de rackets et d'enlèvements a augmenté l'année dernière, selon des statistiques officielles, mais le président peut mettre en avant la baisse de 16 % des meurtres en 2013.

Autre problème récurrent : la corruption. Et si le gouvernement ne parvient pas à la faire reculer, les efforts déployés pour arrêter l'un des hommes les plus recherchés au monde auront été vains, selon Edgardo Buscaglia, spécialiste de la question à l'université de Columbia.

« Les politiciens qui ont protégé El Chapo n'ont pas été arrêtés, pas plus que les hommes d'affaires qui ont travaillé avec lui », dit-il. « Sans ça, les arrestations ne permettront pas de démanteler les cartels. »

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