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Dans la résidence du président ukrainien déchu: dépenses extravagantes et surveillance des journalistes

23/02/2014 02:36 EST | Actualisé 25/04/2014 05:12 EDT

Factures de meubles astronomiques et listes de journalistes à tenir à l'oeil: des documents mis au grand jour dimanche jettent une lumière crue sur les goûts de luxe et les hantises du président déchu Viktor Ianoukovitch.

Au moment même où le Parlement ukrainien votait la restitution à l'Etat de sa luxueuse résidence en banlieue de Kiev, des journalistes ukrainiens s'efforçaient de déchiffrer une masse de documents abandonnés sur place avant que les opposants au régime ne prennent le contrôle du domaine samedi.

Des milliers de personnes ont accouru depuis samedi visiter cette immense propriété à une quinzaine de km de la capitale, où ils ont découvert avec stupeur les fastes du train de vie de leur ancien dirigeant qui y disposait d'un parcours de golf, de collections de voitures et même d'un zoo privé.

Le site est désormais protégé par le service d'ordre du mouvement d'opposition, qui empêche tout pillage ou dégradation.

C'est là qu'a été découverte une masse de documents, qu'un groupe de journalistes ukrainiens passe désormais à la loupe en quête de révélations sur de possibles faits de corruption ou dépenses. Des informations que quelqu'un cherchait justement à dissimuler.

Ces documents ont été retrouvés, pour certains à moitié brûlés, flottant sur une pièce d'eau à proximité.

"Il est clair que les gens qui ont abandonné le domaine n'ont pas eu assez de temps pour brûler les documents, donc ils les ont juste jetés à l'eau", a expliqué à l'AFP Sergei Sidorenko, un journaliste du quotidien Kommersant Ukraine.

Les papiers témoignent de l'extravagance du train de vie de M. Ianoukovitch, leader qui a toujours tenu soigneusement sous clé sa vie privée.

- "preuves de comportements criminels" -

Parmi la montagne d'informations venues au grand jour, M. Sidorenko dit avoir trouvé un document attestant de dépenses à hauteur de 70 millions de dollars pour l'un des bâtiments du domaine.

D'autres, publiés sur Twitter par un journaliste du quotidien local anglophone Kyiv Post, ressemblent à des factures de quelque 30 millions d'euros pour des chandeliers en or ou de près de 1.000 dollars de soins vétérinaires destinés à des poissons.

D'autres encore, révélés par le site du journal Ukrainskaya Pravda, semblent attester de dépenses de 1,2 million de dollars en meubles, ou de 10.000 dollars pour des plaques de noms d'animaux dans le zoo.

Si ces dépenses ne prouvent pas qu'il y a eu corruption, elles soulèvent cependant des questions étant donné que le salaire de M. Ianoukovitch comme président était d'environ 100.000 dollars par an, relève M. Sidorenko.

D'autant que certains documents mettent en évidence des transferts - illégaux en Ukraine selon lui - pour certains à hauteur de plusieurs millions de dollars, de la part d'inconnus en faveur de comptes en banques locaux.

"Il y a des preuves claires de comportements criminels de la part de Ianoukovitch et de son entourage", affirme-t-il.

Tout aussi inquiétants, d'autres documents découverts par Ukrainskaya Pravda à un autre endroit de la propriété montrent des listes de journalistes anti-corruption ayant milité pour plus de transparence dans les finances présidentielles.

L'un d'entre eux semble être une liste décrivant les voitures susceptibles d'être utilisées par Tetyana Tchernovil, une journaliste engagée victime d'une sauvage agression en décembre, qui serait liée selon l'opposition au thème sensible de ses investigations.

Les Ukrainiens débattent désormais de ce que pourrait devenir cette immense propriété. Un orphelinat, une maison de convalescence ou un musée dédié aux quelques 90 victimes des trois mois de contestation ayant abouti au départ de Ianoukovitch, telles étaient les propositions les plus souvent avancées par les curieux venus visiter les lieux et arpenter ses jardins méticuleusement entretenus samedi et dimanche.

"La résidence de Ianoukovitch est un comble du mauvais goût, née d'un esprit malade et plein de vulgarité. Mais elle a été financée par l'argent de l'Etat", a commenté Igor Miroshnichenko, député du parti nationaliste Svoboda, après la décision du parlement de confisquer les lieux.

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