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Au Soudan du Sud, les rescapés creusent la boue des marais pour manger

23/02/2014 12:35 EST | Actualisé 25/04/2014 05:12 EDT

Début février, les vastes marécages entourant Nyal, ville autrefois tranquille de l'Etat d'Unité, au Soudan du Sud, résonnaient de coups de feu et des râles des mourants. Des dizaines de milliers de civils, rescapés des combats, s'y cachent toujours.

"Aujourd'hui, nous survivons grâce aux nénuphars et aux fruits de palme", raconte William Gatkoy, qui a couru pendant trois heures dans les marais pour se sauver, le plus jeune de ses huit enfants dans les bras, jusqu'à une petite île où une centaine de personnes ont érigé des abris de fortune avec des branches de palmiers et des pièces de tissu.

Selon des chefs locaux, quelque 1.200 soldats et un petit groupe de jeunes armés ont déferlé le 7 février sur le comté de Panyjiar dans une frénésie de meurtres, de pillages et de destructions, faisant au moins 60 morts et 26 blessés.

Les fruits se faisant de plus en plus rares, les fugitifs passent leurs journées à creuser la boue pour trouver des racines noires et noueuses de nénuphars, qui ressemblent à des patates pourries.

"Elles n'ont aucun goût. On les mange juste pour survivre", explique M. Gatkoy en caressant le bras d'un de ses enfants couvert de boue. Le petit souffre comme tous de la disette et de l'ingestion de l'eau sale des marais, qui sert aussi de toilettes.

Les 50.000 habitants du comté se sont toujours crus à l'abri. La région avait même été épargnée durant les décennies de guerre civile avec le Soudan voisin, qui ont débouché sur la création du Soudan du Sud, le plus jeune Etat de la planète, en 2011.

Mais une sanglante lutte de pouvoir a éclaté mi-décembre dans la capitale Juba, à des centaines de kilomètres, ravivant de vieilles haines ethniques entre les Dinka, la plus grande communauté du Soudan du Sud, à laquelle appartient le président Salva Kiir, et les Nuer, la deuxième en nombre, celle du leader rebelle et ancien vice-président Riek Machar.

- Que des ruines et des cadavres -

A Panyjiar, une région Nuer entourée de zones de peuplement Dinka, les marais étaient les seuls endroits où se cacher.

Vu des airs, tas de cendres et débris noirâtres constellent la campagne carbonisée après l'attaque. Même les bâtiments des Nations unies dans la ville de Panyjiar, chef-lieu éponyme du comté, se sont effondrés.

"Certains portaient des uniformes de la police, d'autres des tenues militaires et d'autres des vêtements civils", se souvient William Ter, un des neuf blessés soignés dans l'unique clinique de Nyal, gérée par une ONG allemande, Sign of Hope ("Signe d'espoir").

Sa jambe présente de dures protubérances, là où des éclats d'obus s'y sont plantés, rendant traînante la démarche du vieil homme. Il grimace de douleur et halète dans l'air épais à cause du tissu imbibé d'iode, fixé sur une blessure suintante là où devrait se trouver sa main.

Selon M. Ter, la douleur physique n'est rien en comparaison de la souffrance d'avoir perdu le produit d'une vie de travail.

"Ils m'ont pris toutes mes vaches, et ont brûlé ma maison", dit-il.

Benjamin Bangoang, qui s'occupe du dispensaire de Sign of Hope, à Kanynhial, à 10 km de Nyal, s'est aussi réfugié dans les marécages avec sa famille.

Après avoir vu six personnes tuées par balle, dont deux femmes qui couraient avec lui dans les marais, il s'est caché dans la boue noire.

Mais quand il a voulu revenir à son dispensaire pour soigner les blessés, il n'a trouvé que des ruines et des cadavres.

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