NOUVELLES

Ukraine: l'opposition s'empare des leviers du pouvoir, Ianoukovitch invisible

22/02/2014 07:19 EST | Actualisé 24/04/2014 05:12 EDT

L'opposition a commencé samedi à s'emparer des leviers du pouvoir en Ukraine, appelant le Parlement à voter la destitution du président Viktor Ianoukovitch, qui a quitté Kiev et dont la chute semble de plus en plus inéluctable.

Les députés ont voté la libération de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko, dont deux proches ont été désignés à la tête du Parlement et du ministère de l'Intérieur.

La police avait affirmé auparavant être "aux côtés du peuple" et partager ses aspirations "aux changements rapides", dans un communiqué sur le site du ministère de l'Intérieur.

Les défections s'enchaînaient ainsi samedi dans le camp du chef de l'Etat, au lendemain de la signature d'un accord entre l'opposition et le président prévoyant d'importantes concessions de la part de ce dernier, sous pression des Européens, après le bain de sang dans le centre de Kiev qui a coûté la vie à près de 80 personnes en trois jours.

Viktor Ianoukovitch se trouve actuellement à Kharkiv, dans l'est de l'Ukraine. "Le président va s'exprimer aujourd'hui à la télévision à Kharkiv", a déclaré une de ses conseillères, Ganna German.

C'est dans cette ville industrielle que s'est ouvert samedi un congrès des régions ukrainiennes pro-russes, en présence de députés et gouverneurs russes, mais auquel Viktor Ianoukovitch ne devrait pas participer, selon sa conseillère.

Près de 4.000 délégués participent à ce congrès dont le but est d'"éviter un bain de sang dans les régions", a indiqué le gouverneur de la région de Kharkiv Mikhaïlo Dobkine en ouvrant la réunion.

Environ 10.000 partisans du président Ianoukovitch se sont rassemblés devant le congrès en brandissant des affiches sur lesquelles on pouvait lire "Les mineurs du Donbass contre l'extrémisme" ou "nous sommes contre le fascisme".

- Présidentielle d'ici le 25 mai -

A Kiev, des journalistes de la télévision Kanal 5 ont raconté samedi matin être entrés sans difficulté dans la résidence du président, placée d'habitude sous très haute protection, dans la banlieue de Kiev.

Et des manifestants ont pénétré sans résistance dans l'enceinte de la présidence, dans le centre de la capitale, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Nous tenons le périmètre de l'administration pour protéger la propriété", a déclaré Mykola Velitchkovich, responsable adjoint du Groupe d'autodéfense du Maïdan. Aucun policier ni soldat n'était en vue.

Au Parlement aussi, la situation évoluait rapidement. Un vote sur la destitution du président pourrait avoir lieu dans l'après-midi.

"Nous exigeons une présidentielle anticipée d'ici au 25 mai", a lancé Vitali Klitschko dans une ambiance électrisée. "Nous devons fixer (la date) ici" au Parlement, a-t-il insisté.

"Le Parlement doit adopter une résolution exigeant que Ianoukovitch donne sa démission", a-t-il dit.

- Situation économique épouvantable -

Sur le Maïdan (place de l'Indépendance), transformée en quasi-zone de guerre, au coeur de Kiev, depuis le début de la crise il y a trois mois, des milliers de personnes étaient toujours rassemblés dans la matinée de samedi, se restaurant auprès des tentes ou portant du matériel destiné aux barricades. Nul signe de démontage des installations n'était visible.

Pour Serguiy Horachko, un ouvrier rencontré sur le Maïdan, Ianoukovitch "a tué beaucoup de gens. Il doit démissionner, c'est tout".

L'accord avait été signé vendredi soir sous la pression des Européens. Il prévoit une élection présidentielle anticipée, au plus tard en décembre, la formation d'un gouvernement de coalition d'ici à dix jours et un retour à la Constitution de 2004, voté dans la foulée par le Parlement ukrainien.

L'accord a été conclu après des affrontements qui ont fait près de 80 morts depuis mardi à Kiev et des centaines de blessés, un niveau de violence inédit pour ce jeune pays issu de l'ex-URSS.

Les Européens, dont les ministres des Affaires étrangères polonais, allemand et français ont été les principaux artisans du compromis, ont dépeint des négociations musclées.

"Soyons prudents", a jugé le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, "car la situation économique reste épouvantable".

L'Ukraine se trouve actuellement au bord de la faillite, et la Russie a promis l'octroi d'un crédit de 15 milliards de dollars et un important rabais du prix du gaz.

Elle a versé trois milliards de dollars fin décembre, mais annulé cette semaine un nouveau versement de deux milliards et le versement du reste de l'aide promise est désormais très incertain.

L'agence d'évaluation financière Standard & Poor's a prévenu vendredi que si la Russie revenait sur son soutien, l'Ukraine, qui doit rembourser 13 milliards de dollars de dette cette année, ferait défaut.

Et si l'Union européenne a promis une assistance financière, elle sera loin de pouvoir atteindre ce niveau, le chiffre très inférieur de 610 millions d'euros ayant été évoqué.

Européens et Américains avaient fait monter la pression sur le régime de M. Ianoukovitch tout au long de la semaine en décidant de priver de visas et de geler les avoirs de responsables ukrainiens et en menaçant de sanctions supplémentaires.

ahe-neo-thm/nm/pt

PLUS:hp