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Les Ukrainiens découvrent, bouche bée, le train de vie luxueux de leur ex-président

22/02/2014 02:58 EST | Actualisé 24/04/2014 05:12 EDT

Un domaine immense, des intérieurs de marbre, un parcours de golf et même un zoo privé: les milliers d'Ukrainiens venus samedi admirer la résidence du président déchu Viktor Ianoukovitch en sont ressortis bouche bée.

"Je suis sous le choc", lance Natalia Roudenko, militaire à la retraite, contemplant les pelouses manucurées, ornées de statues de lapins et de cerfs, dans cette propriété située à une quinzaine de kilomètres de Kiev et perçue comme un symbole de la corruption du régime.

Son titulaire habituel, Viktor Ianoukovitch, a été quelques heures plus tôt destitué de facto par le Parlement et "se cache actuellement quelque part dans la région de Donetsk", région pro-russe dans l'est de l'Ukraine dont il est originaire, selon le président du Parlement Olexandre Tourtchinov.

"Dans un pays où il y a autant de pauvreté, comment une personne peut-elle avoir autant ? Ce doit être un malade mental", estime Natalia Roudenko.

"Il faut que le monde voit ça et qu'on le traîne devant la justice", insiste-t-elle.

L'ex-militaire n'est pas la seule à s'intéresser au train de vie de l'élite ukrainienne: l'affluence de curieux a provoqué un énorme embouteillage sur la route d'accès au site et une interminable queue devant l'imposant portail de fer forgée du domaine.

"Ne vous inquiétez pas, tout le monde entrera. C'est assez grand pour vous tous", crie dans un mégaphone un militant de l'opposition juché sur une colonne. Les visiteurs sont mis en garde contre la possible présence de mines sur le gazon et contre les "provocateurs" venus dégrader le site.

"Bienvenue en Ukraine", lance-t-il alors que la foule passe devant lui.

Protégé il y a quelques heures encore par des gardes d'élite, le domaine, dont la surface exacte n'a pas été divulguée, est à présent sous le contrôle du service d'ordre de l'opposition anti-Ianoukovitch. Ce sont eux qui patrouillent sur le site, interdisent l'accès à l'intérieur des bâtiments et empêchent ainsi tout pillage.

Pour faire bonne mesure, les promeneurs sont accueillis dès l'entrée par le panneau "Visiteurs, ne détruisez pas les preuves de l'arrogance des voleurs".

Le bâtiment principal, un genre de palais baroque, est tout en marbre, icônes couvertes d'or, armures anciennes. Quelques cartons traînent sur le sol, suggérant un départ précipité.

Mi-amusés, mi-furieux, certains prennent la pose devant de fausses colonnes grecques, ou mitraillent de leurs portables la colonie de faisans de collection du propriétaire, pour certains importés de Sumatra ou de Mongolie.

Ils font des kilomètres à pied pour contempler l'héliport, la pièce d'eau, les écuries, et même un garage abritant un musée de véhicules militaires soviétiques.

- "Où sont les toilettes en or ?" -

"Maman, où sont les toilettes en or ?", demande un garçon de 5 ans à sa mère alors qu'elle lui montre une salle de banquet aménagée dans un faux galion d'époque élisabéthaine.

"Je veux aussi un navire de pirates comme celui-là", lance-t-il.

"Ne t'inquiète pas, nous avons déjà saisi celui-ci", lui répond sa mère.

Certains visiteurs ont encore bien en mémoire les violents affrontements qui ont fait des dizaines de morts cette semaine à Kiev et transformé le centre-ville en quasi-zone de guerre.

"Cela renforce l'impression que cela en valait la peine", note Bogdan Pantchichine, un commerçant de Lviv (ouest).

"Si seulement les 100 personnes qui sont mortes pouvaient voir ça, je pense qu'elles diraient la même chose", ajoute-t-il.

Stupéfaits par ce qu'ils avaient vu, les visiteurs ne pouvaient que spéculer sur l'ampleur de la fortune du président déchu.

"Cette maison, ce jardin, ce luxe...", répétait Viktor Kovaltchouk, un mécanicien, tandis que sa femme hochait la tête, sonnée.

"Cela devrait être transformé en hôpital, ou en orphelinat, ou quelque chose pour les personnes blessées dans les manifestations", suggère le mécanicien.

"Quoiqu'il arrive, il faut que cela revienne au peuple. Cela a été construit avec notre argent, donc il faut que cela nous revienne".

A Moscou, dont M. Ianoukovitch était un proche allié, le président de la commission parlementaire aux Affaires étrangères à la Douma (chambre basse du Parlement russe) Alexeï Pouchkov a déploré le sort du président ukrainien.

"On laisse entrer n'importe qui dans la résidence de Ianoukovitch, Mejiguiria, en banlieue de Kiev : il a fui, sa garde a fui, le personnel de sa résidence s'est enfui (...) triste fin pour un président", a-t-il écrit sur son compte Twitter.

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