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Après une journée de bouleversements, qui dirige l'Ukraine?

22/02/2014 09:52 EST | Actualisé 24/04/2014 05:12 EDT

Au terme d'une journée riche en rebondissements, au cours de laquelle le parlement a voté la destitution du président Viktor Ianoukovitch, qui tient désormais les commandes de l'Ukraine?

Peu après la nomination d'un président du parlement hostile à Ianoukovitch, les députés ont voté sa destitution et fixé au 25 mai la date d'une élection présidentielle anticipée.

Même s'il avait l'air ébranlé dans une interview qu'il a accordée à une chaîne de télévision, Viktor Ianoukovitch a dit ne pas reconnaître le vote du parlement et se considérer
toujours comme le chef de l'État.

« Toutes les décisions qu'ils prennent désormais [au parlement] sont illégales. Je ne signerai rien avec des bandits qui terrorisent le pays [...]. Je n'ai pas l'intention de démissionner », a assuré Ianoukovitch.

Malgré ses déclarations, il apparaît bien affaibli au bout du compte. Les défections dans les rangs de son Parti des régions l'ont privé des soutiens nécessaires au parlement; le ministère de l'Intérieur, chargé de la police, a pris fait et cause pour les manifestants; et l'armée a fait comprendre qu'elle ne le soutenait pas.

Difficile dans ces conditions de dire qui comble le vide, en partie parce que le parlement a décidé vendredi de rétablir la Constitution de 2004, qui réduit les pouvoirs du chef de l'État.

En vertu de cette constitution-là, le deuxième personnage de l'État est le président du parlement, Oleksander Tourtchninov, allié politique du grand ennemi de Ianoukovitch, Ioulia Timochenko, laquelle a été libérée de prison samedi.

En vertu de la Constitution de 1996, que Viktor Ianoukovitch avait remise au goût du jour en 2010 afin de renforcer ses pouvoirs, le numéro deux de l'État était le premier ministre. Cela signifierait que le pouvoir est désormais entre les mains du chef du gouvernement par intérim, Serhiy Arbouzov.

Un nouveau cap européen?

Or, en vertu de l'accord conclu vendredi entre le pouvoir et l'opposition sous l'égide de l'Union européenne, un nouveau gouvernement, d'union nationale, doit être formé dans une dizaine de jours.

« En ce moment, le parlement est le seul organe légitime du pays », estimait Edouard Leonov, député du parti d'extrême droite Svoboda.

Les forces armées ont fait savoir qu'elles n'interviendraient pas au nom du président, déclarant qu'elles étaient « fidèles à leurs obligations constitutionnelles et ne

peuvent être attirées dans des conflits politiques internes au pays. »

Le ministère de l'Intérieur s'est déclaré en faveur des manifestants et a dit vouloir des « changements rapides », appelant la population à s'unir pour garantir la sécurité et un pays « indépendant, démocratique et juste. »

En ce qui concerne les choix politiques, aucun changement de cap n'a été annoncé dans l'immédiat, même si, maintenant que l'opposition a le vent en poupe, l'Ukraine pourrait renouer avec ses orientations européennes. C'est le refus de Viktor Ianoukovitch, en novembre, de signer un accord de partenariat avec l'Union européenne qui a déclenché le mouvement de manifestations qui a abouti aux événements de samedi.

« Je suis certaine que l'Ukraine intégrera l'Union européenne dans un proche avenir, ce qui changera tout », a déclaré Ioulia Timochenko après avoir été libérée.

Mais désormais, qui dirige ce qui, lorsque Ianoukovitch était au pouvoir, était l'opposition?

Pour l'heure, il s'agit des trois hommes qui ont signé vendredi l'accord avec le président : Vitali Klitchko, Arseni Iatseniouk et Oleh Tiahnibok. La libération de Ioulia Timochenko pourrait augurer toutefois d'une lutte pour la suprématie.

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