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Obama a reçu le dalaï lama, ignorant la fureur de la Chine

21/02/2014 12:39 EST | Actualisé 23/04/2014 05:12 EDT

Le président américain Barack Obama a reçu vendredi le dalaï lama et dit soutenir les droits de l'homme au Tibet, ignorant la colère de la Chine qui avait exigé l'annulation de cette rencontre à la Maison Blanche.

"Le président a réitéré son soutien appuyé à la préservation des traditions religieuses, culturelles et linguistiques du Tibet et à la protection des droits de l'homme pour les Tibétains au sein de la République populaire de Chine", a indiqué l'exécutif américain dans un compte-rendu de la réunion.

Plus tôt, la Maison Blanche avait souligné que le dalaï lama avait été reçu "en tant que leader religieux et culturel respecté internationalement", sous-entendant qu'il n'était pas convié en qualité de dirigeant politique.

En outre, dans le but apparent d'atténuer la colère de Pékin, la présidence avait organisé la réception du dalaï lama dans la salle des cartes de la Maison Blanche et non le prestigieux Bureau ovale, réservé aux chefs d'Etat et de gouvernement étrangers.

La présidence en avait aussi refusé l'accès à la presse, mais a diffusé une photo de la rencontre.

Le Premier ministre tibétain en exil, Lobsang Sangay, a affirmé à l'AFP que cet entretien envoyait "un message très fort aux Tibétains à l'intérieur du pays parce que cela leur donne l'espoir que leurs voix sont entendues, même par la personne la plus puissante du monde".

M. Obama avait reçu le chef spirituel tibétain en exil pour la dernière fois à Washington en 2011, provoquant déjà l'ire de la Chine.

Pékin avait dit avant vendredi être "fermement opposée" à cette entrevue et demandé son annulation.

L'entretien serait une "grossière ingérence dans les affaires intérieures de la Chine", qui "aurait des conséquences négatives graves sur les relations sino-américaines", avait ajouté le ministère des Affaires étrangères, précisant avoir transmis à Washington des "protestations solennelles".

- Soutien à un "dialogue direct" -

Hua Chunying, porte-parole de la diplomatie chinoise, a enjoint "les Etats-Unis à ne pas offrir chez eux de plateforme à ses activités séparatistes" et estimé que cette entrevue "violait gravement les règles régissant les relations internationales".

Vendredi soir, le chargé d'affaires américain a été convoqué à Pékin par le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Zhang Yesui. "Les Etats-Unis doivent prendre des mesures concrètes pour regagner la confiance du gouvernement chinois", a déclaré ce dernier.

Interrogé sur une possible dégradation des relations sino-américaines, le département d'Etat a botté en touche. "Notre relation avec la Chine est très étendue", a dit la porte-parole Marie Harf, se félicitant que les deux premières puissances mondiales soient "côte à côte (...) à propos de l'Iran" et "discutent (...) de la Corée du Nord".

Cette irritation chinoise sur le dalaï lama --systématiquement exprimée à chaque fois qu'il est reçu par un dirigeant étranger-- intervient après de récents contentieux entre la Chine et les Etats-Unis.

Le secrétaire d'Etat John Kerry a demandé la semaine dernière à Pékin davantage de "transparence" après les tensions causées par l'instauration unilatérale d'une "zone d'identification de la défense aérienne" (ADIZ) en mer de Chine orientale.

M. Kerry a également agacé la Chine en réaffirmant que les Etats-Unis se tenaient prêts à défendre leur allié japonais en cas de conflit avec la Chine, à l'heure où Pékin et Tokyo s'opposent sur un différend territorial en mer de Chine orientale.

Enfin Pékin et Washington ont eu de vifs échanges sur la liberté de la presse, le régime communiste étant accusé de représailles visant des médias occidentaux qui ont publié des enquêtes sur les immenses fortunes de proches des dirigeants chinois.

La Maison Blanche a souligné vendredi que "le président a(vait) insisté sur le fait qu'il encourageait un dialogue direct pour résoudre les différends existant de longue date" entre les Tibétains et la Chine.

"Le président a répété la position américaine selon laquelle le Tibet fait partie de la république populaire de Chine", a ajouté l'exécutif, soulignant que "les Etats-Unis ne soutenaient pas une indépendance du Tibet".

Le dalaï lama ne s'oppose pas à ce que le Tibet reste dans le giron chinois, contrairement à ce dont l'accuse Pékin, mais il appelle à davantage d'autonomie. De nombreux Tibétains dénoncent la domination grandissante des Han, l'ethnie ultra-majoritaire en Chine, et la répression de leur religion et de leur culture, estimant par ailleurs que le développement économique de leur région profite surtout aux Han.

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