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L'ETA a commencé à mettre ses armes hors d'usage, un geste encore symbolique

21/02/2014 01:41 EST | Actualisé 23/04/2014 05:12 EDT

L'ETA a fait savoir vendredi qu'elle avait commencé à mettre ses armes hors d'usage, un geste encore symbolique vers la disparition du groupe séparatiste basque, plus de deux après l'abandon de la violence.

La Commission internationale de vérification du cessez-le-feu, un groupe d'experts étrangers non reconnu par Madrid, a annoncé, lors d'une visite à Bilbao, au Pays Basque, avoir constaté en janvier que l'ETA a "scellé et mis hors d'usage opérationnel une certaine quantité d'armes, de munitions et d'explosifs".

Parallèlement, une vidéo diffusée par plusieurs médias montrait deux militants de l'ETA, vêtus de noir et cagoulés, présentant des armes à deux des experts.

Les images, datées de janvier 2014 et tournées dans un lieu inconnu, montrent un petit stock d'armes, tenant sur une table, composé notamment d'un fusil, un pistolet et deux revolvers, ainsi que 300 cartouches et près de 17 kilos d'explosifs, selon l'inventaire publié par la commission.

En avril 2013, a expliqué son président, le Sri-lankais Ram Manikkalingam, "l'ETA a demandé de manière confidentielle que soit inclus dans son mandat un processus unilatéral de mise sous scellés et hors d'usage opérationnel de ses armes, munitions et explosifs".

La présentation de ce premier stock constitue "un pas très significatif", "parce que c'est la première fois en cinquante ans que l'ETA décide de montrer ses armes à des étrangers indépendants et de les mettre hors d'usage", a déclaré à l'AFP Ram Manikkalingam.

- Une "première étape" -

Le gouvernement basque a immédiatement reconnu "le pas franchi par l'ETA", mais affirmé que le groupe devait aller plus loin. "C'est un petit pas, insuffisant, mais il marque une première étape nécessaire vers le désarmement complet", a déclaré le président de la région, Iñigo Urkullu, un nationaliste conservateur du PNV.

L'ETA, dont il ne resterait plus qu'une trentaine de militants en liberté, avait toujours refusé d'envisager un désarmement tant que ne seraient pas prises en compte certaines de ses revendications, dont le regroupement au Pays Basque de ses militants emprisonnés.

Le gouvernement de droite espagnol ne cesse, lui, de réclamer la dissolution sans conditions du groupe.

La gauche indépendantiste basque a réagi en estimant "impossible" d'envisager un désarmement complet sans "implication directe du gouvernement".

La suite du processus, a d'ailleurs souligné Ram Manikkalingam, sera liée notamment "à la volonté" des "différents gouvernements", c'est-à-dire de l'Espagne et de la France, de faciliter la tâche à l'ETA.

Derrière un blocage apparent, les lignes ont pourtant bougé ces dernières années au Pays Basque: les partis de la gauche indépendantiste ont gagné en influence, devenant depuis 2012 la deuxième force politique régionale.

L'ETA, très affaiblie, a parallèlement multiplié les signaux depuis son dernier attentat en Espagne en août 2009, annonçant le 20 octobre 2011 qu'elle abandonnait la violence.

Un nouveau message est venu le 28 décembre du collectif EPPK, représentant plus de 500 détenus du groupe dispersés dans des prisons espagnoles et françaises, qui entérinait l'abandon de la violence et évoquait, pour la première fois, de possibles démarches individuelles en vue d'une libération sans demande d'amnistie collective, une revendication historique de l'ETA.

Cette annonce avait été largement interprétée comme un assouplissement de la position du groupe, classé organisation terroriste par l'Union européenne et les Etats-Unis et rendu responsable de la mort de 829 personnes en plus de 40 ans d'attentats pour l'indépendance du Pays Basque et de la Navarre.

D'autres signaux sont venus de la société basque: une manifestation, le 11 janvier, a réuni plus de 100.000 personnes à Bilbao, convoquée conjointement, malgré leurs divergences, par la gauche indépendantiste et par le PNV, en riposte à l'interdiction par la justice espagnole d'une autre manifestation pour la défense des prisonniers.

Le 7 février, dans un nouveau communiqué, l'ETA prenait acte de ces "avancées", annonçant qu'il ferait, "dans un bref délai", un geste "significatif".

Créée en septembre 2011, la Commission de vérification est composée d'experts en conflits dont l'ex-ministre sud-africain des services secrets Ronnie Kasrils et Chris Maccabe, impliqué dans le processus de paix en Irlande du Nord.

Début 2013, des contacts établis en Norvège avec des membres de l'ETA avaient tourné court. Mais après une pause de plusieurs mois, la commission a renoué des contacts avec des militants du groupe dans la clandestinité, ayant abouti à la visite à Bilbao.

sg/bap

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