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La présidente centrafricaine demande à la France de "ne pas l'abandonner"

21/02/2014 02:04 EST | Actualisé 23/04/2014 05:12 EDT

La présidente centrafricaine de transition Catherine Samba Panza a instamment demandé vendredi à la France de ne pas "abandonner" la Centrafrique, avant un vote du Parlement français sur la prolongation de l'intervention militaire française dans son pays.

"Ce n'est pas le moment d'abandonner la République centrafricaine. J'ose espérer que les décisions qui vont être prises très prochainement à l'Assemblée nationale (française) vont aller dans le sens des attentes de la population, qui continue de compter beaucoup sur l'appui de la communauté internationale et notamment de la France", a déclaré la présidente dans un entretien à l'AFP et à la radio France Inter, dans son bureau du palais présidentiel à Bangui.

Ce vote, que prévoit la Constitution française, se tiendra mardi à l'Assemblée nationale pour décider si "l'opération Sangaris", déclenchée lorsque les troupes françaises sont intervenues en Centrafrique le 5 décembre pour y restaurer la sécurité, doit se prolonger au-delà d'avril.

Un premier débat, sans vote, s'était déroulé à l'Assemblée française le 10 décembre, au cours duquel la plupart des forces politiques avait soutenu l'intervention. Depuis, face aux violences et aux risques d'enlisement, doutes et interrogations ont crû dans l'opposition.

Dans son vaste bureau du palais présidentiel, la présidente centrafricaine a renouvelé sa demande "d'une opération de maintien de la paix" en Centrafrique.

"La durée de cette opération sera fonction de l'évolution de la sécurité sur le terrain" pour un temps "le plus long possible, au moins jusqu'aux élections" prévues au plus tard en mars 2015, a-t-elle souligné.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a réclamé jeudi devant le Conseil de sécurité le déploiement rapide "d'au moins 3.000 soldats et policiers supplémentaires" en Centrafrique pour rétablir l'ordre et protéger les civils.

Pour M. Ban, ce renfort serait une étape intermédiaire avant le déploiement de Casques bleus. Rappelant qu'il doit remettre fin février un rapport à ce sujet, il a souligné que "le déploiement d'une opération de maintien de la paix, si elle est autorisée, prendra des mois".

- "Embrasement du pays évité" -

Mme Samba Panza, qui a étudié le droit à Paris avant de créer une société de courtage en assurances à Bangui, estime qu'il "ne faut pas négliger les risques de partition" du pays, alors que la plupart des ex-rebelles Séléka ont fui vers le nord-est du pays et que beaucoup de musulmans ont quitté le pays par peur des exactions.

Le cycle infernal des tueries a été déclenché par des mois d'exactions contre les chrétiens, perpétrées en toute impunité par les combattants majoritairement musulmans de la Séléka qui avaient pris le pouvoir à Bangui en mars 2013.

En réaction, des milices d'autodéfense majoritairement chrétiennes, les anti-balaka, se sont formées, attaquant elles aussi des civils musulmans, à Bangui notamment, et entraînant un exode depuis décembre de dizaines de milliers d'entre eux, sur fonds de lynchages et de pillages que les soldats français et africains ne parviennent pas à faire cesser.

"Quand on voit le retrait de certains éléments de la Séléka vers le nord-est, nous devons être interpellés", dit cette femme chrétienne née d'une mère centrafricaine et d'un père camerounais. "Il nous appartient maintenant de nous rapprocher de ces populations pour les rassurer, pour les assurer qu'ils sont dans une République centrafricaine une et indivisible et laïque", juge-t-elle.

Quel bilan dresse-t-elle un mois après sa prise de fonction ? "Il y a un gouvernement en place, les institutions commencent à fonctionner même s'il est vrai que l'Etat n'est pas présent partout à l'intérieur du pays", où de nombreuses exactions continuent d'être commises, répond la présidente.

Sur le plan de la sécurité, "beaucoup reste à faire" alors que des explosions et des tirs d'armes lourdes ont secoué la capitale ces derniers jours.

Mais, estime Mme Samba Panza, "nous avons évité un embrasement du pays à notre arrivée". "Les troupes que nous avons sous la main ne nous permettent pas encore d'assurer la sécurité des populations", clame-t-elle.

Elle reconnaît que sur le plan humanitaire, "la situation des populations reste préoccupante et dramatique" malgré les "efforts" déployés par la communauté internationale.

Va-t-elle inviter le président François Hollande pour une visite d'Etat en Centrafrique ? "Avec plaisir, ce sera fait", répond-elle.

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