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La Fed publie le texte intégral de ses débats en 2008: la crise en direct

21/02/2014 04:13 EST | Actualisé 23/04/2014 05:12 EDT

La Fed a levé le voile sur les difficultés des responsables de la Banque centrale américaine à saisir l'ampleur de la crise financière en 2008.

L'institution a publié vendredi le texte intégral de ses débats durant cette année noire.

Ces centaines de pages, que la Banque centrale publie traditionnellement après un délai de cinq ans, révèlent l'intensité des inquiétudes et des tergiversations des responsables de la Fed face une crise historique.

En janvier de cette année-là, alors que les banques accumulent les pertes liées aux prêts immobiliers à risques, le président de l'institution de l'époque, Ben Bernanke, s'excuse de convier ses confrères à une réunion d'urgence du Comité de politique monétaire (FOMC) alors que c'est un jour férié.

La Fed réduit de trois-quart de point son taux directeur ce jour-là, sa plus forte réduction depuis 20 ans.

Deux semaines auparavant, lors d'une précédente réunion, Janet Yellen --alors présidente de la Fed de San Francisco-- hésitait encore à réduire les taux d'un demi-point, pensant "qu'on pourrait prendre cela pour un signe de panique".

Mais à la réunion d'urgence, elle affirme "soutenir pleinement une réduction de 0,75 point". "Il y a une probabilité intolérable de récession sévère et de crise du crédit", explique la future présidente de la Fed.

Elle ajoute que le caractère exceptionnel de la décision de la Banque centrale, prise en dehors du calendrier prévu des réunions, "sera une surprise et montrera qu'on a les choses en main et qu'on reconnaît qu'on était un peu en retard".

- Outils de la Fed plus suffisants -

Mais en mars, la situation empire avec la chute de la banque Bear Stearns. "Je crois qu'on arrive au point où les outils de la Fed (...) ne sont pas suffisants pour régler nos problèmes", suggère Ben Bernanke, soulignant que "davantage d'aide et d'action de la part du Congrès et de l'administration sur le secteur immobilier serait bienvenu".

Une autre forte réduction des taux est décidée malgré les protestations de certains. "Monsieur le président, c'est beaucoup trop! Cela encourage les marchés financiers. Ils n'en auront jamais assez (...) Ils en voudront toujours plus. Il faut arrêter de les nourrir!", s'enflamme Richard Fisher, président de l'antenne de Dallas.

Au printemps, après avoir encore réduit les taux d'un modeste quart de point, la Fed veut croire à un répit. Mme Yellen espère encore une croissance du PIB américain de 0,75% pour 2008, mais la première économie mondiale sombrera dans la récession jusqu'en juin 2009.

A l'été, alors que l'inflation est toujours vivace, plusieurs membres du FOMC, dont Mme Yellen, envisagent même une remontée des taux alors situés à 2%. "Notre prochaine action sur les taux sera probablement à la hausse, la question est quand?", dit-elle.

Dans le même temps, elle s'inquiète du fait que "les ménages et les entreprises sont comme étranglés par un python avec le resserrement du crédit".

Le ton change à l'automne avec l'effondrement de la banque Lehman Brothers et la quasi-faillite de l'assureur AIG. "A la veille d'Halloween, nos informations sortent de la marmite de la sorcière", essaye de plaisanter Janet Yellen à la réunion du 29 octobre. "La trajectoire des données économiques est à faire dresser les cheveux sur la tête".

"Il est désormais clair qu'on est au centre d'un sérieux effondrement mondial", conclut-elle. Deux mois plus tard, les taux sont ramenés à zéro. Ils y sont toujours.

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