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De la Pologne à la Turquie, les conflits oubliés de l'après-guerre

21/02/2014 04:22 EST | Actualisé 22/04/2014 05:12 EDT

L'armistice du 11 novembre 1918 a mis fin aux combats entre l'Allemagne et les Alliés mais n'a pas pour autant ramené la paix en Europe, où luttes d'indépendances, conflits territoriaux et guerres civiles meurtrières ont continué à ravager une large partie du continent pendant plusieurs années.

De la Russie à la Turquie, en passant par la Pologne ou l'Irlande, ces guerres quelque peu oubliées aujourd'hui ont provoqué des millions de morts -les historiens peinent à établir des chiffres fiables ou précis- venant alourdir le bilan déjà effroyable de la Première guerre mondiale.

Il faudra attendre le traité de Lausanne en juillet 1923, réglant la question turque, pour qu'une paix fragile se rétablisse enfin partout sur le continent.

En 1918, à la fin de la guerre avec l'Allemagne, les Etats européens sont confrontés à un phénomène sans précédent depuis la Révolution française avec le prosélytisme révolutionnaire de la Russie soviétique.

"Pour la première fois depuis plus d'un siècle, un pays s'employait officiellement à renverser l'ordre établi. Les révolutionnaires français s'étaient évertués à changer le caractère de l'Etat; les bolcheviks, faisant un pas de plus, proposaient d'abolir complètement l'Etat", écrit Henry Kissinger dans "Diplomatie".

- "Cordon sanitaire" -

Face aux insurrections communistes en Allemagne ou en Hongrie, qui seront écrasées en 1919, les Etats européens prennent peur et instaurent un "cordon sanitaire" pour contenir la révolution russe.

L'idée est de ne pas intervenir directement dans les affaires de la Russie tout en soutenant les différentes armées "blanches" qui, de la Sibérie avec l'amiral Koltchak à l'Ukraine avec le général Wrangel, tentèrent en vain de renverser le jeune pouvoir soviétique. La force d'intervention étrangère atteint tout de même 20.000 hommes en 1919, et des soldats français ou britanniques continueront à aider les forces contre-révolutionnaires quasiment jusqu'à la défaite de ces dernières en 1921.

Cette guerre civile russe impitoyable, avec atrocités et massacres des deux côtés, fera des millions de morts et laissera le pays exsangue.

Elle va se doubler de plusieurs conflits territoriaux pour la délimitation des frontières du nouvel Etat soviétique, alors qu'apparaissent sur les décombres de la guerre mondiale de nouveaux Etats baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie) et surtout la Pologne, disparue de la carte européenne depuis la fin du 18-ème siècle.

Une guerre russo-polonaise sans merci s'engage en 1919, faisant quelque 250.000 morts, selon l'historien français Bruno Cabanes, avant que la Pologne ne finisse par l'emporter en 1921 et mette fin, par le traité de Riga, aux ambitions soviétiques d'exporter rapidement la révolution en Europe occidentale.

- "Continuation de la guerre mondiale" -

Des conflits territoriaux vont aussi opposer les Polonais aux Baltes et aux Ukrainiens, et agiter les pays nouvellement créés dans les Balkans dans un contexte de revendications nationalistes exacerbées par le principe d'autodétermination défendu par le président américain Wilson.

"La guerre mondiale s'est arrêtée formellement avec la conclusion de l'armistice. Mais tout ce que nous vivons depuis (...) n'est que la continuation et la mutation de la guerre mondiale", analyse le philosophe russe Piotr Struve fin 1919.

A l'autre bout de l'Europe, des militaires nationalistes turcs emmenés par Mustafa Kemal, refusant le démantèlement total de l'empire ottoman imposé par le traité de Sèvres, entrent en résistance dès 1919 contre les vainqueurs. Ils vont reconquérir tout le territoire turc actuel en trois ans de combats meurtriers, notamment contre les forces grecques occupant le sud-ouest de l'Anatolie.

A l'issue de ce conflit marqué par de nombreuses atrocités -la prise de Smyrne en 1922 verra le massacre de 30.000 civils par les forces turques, selon Bruno Cabanes- un gigantesque échange de populations va entrainer le départ pour la Grèce d'1,3 million de Grecs de Turquie et celui de Grèce de près de 400.000 Turcs.

Même pour la Grande-Bretagne, dans le camp des vainqueurs pourtant, la fin du premier conflit mondial débouche sur une reprise de l'insurrection nationaliste en Irlande, dont l'indépendance sera reconnue par Londres en décembre 1921. Le mouvement de révolte contre la domination britannique et la conscription s'était affirmé dès les années de guerre, avec notamment une tentative de soulèvement en 1916, réprimée dans le sang.

pg/lma

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