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Thaïlande: la Première ministre menacée de destitution clame son innocence

20/02/2014 02:05 EST | Actualisé 06/05/2014 02:45 EDT

La Première ministre thaïlandaise Yingluck Shinawatra, confrontée depuis des mois à un mouvement demandant sa tête, a clamé son innocence mardi devant la Cour Constitutionnelle, qui l'accuse d'abus de pouvoir dans une procédure pouvant mener à sa destitution.

"Je nie les accusations. Je n'ai violé aucune loi", a déclaré Yingluck, accusée de s'être débarrassée d'un haut fonctionnaire de manière inappropriée au bénéfice de son parti.

"Je n'ai tiré aucun bénéfice de la nomination", a-t-elle insisté, assurant que toutes ses décisions étaient dans l'intérêt du pays.

L'affaire concerne Thawil Pliensri, transféré de son poste de patron du Conseil de sécurité nationale après l'arrivée au pouvoir de Yingluck en 2011 et qui a réintégré depuis ses fonctions sur ordre du tribunal administratif.

Se basant sur cette décision, un groupe de sénateurs, assurant que le transfert initial avait été fait au bénéfice du parti Puea Thai au pouvoir, a déposé un recours devant la Cour constitutionnelle.

La Thaïlande est secouée depuis six mois par une crise politique marquée par des manifestations qui ont rassemblé des dizaines voire des centaines de milliers de personnes.

Les législatives de février ont été perturbées par ces protestataires qui veulent remplacer le gouvernement par un "conseil du peuple" non élu.

Le gouvernement, fragilisé, ne peut lui-même qu'expédier les affaires courantes depuis la dissolution du Parlement en décembre.

S'ajoutent au mouvement de rue, deux procédures distinctes pourraient chasser Yingluck du pouvoir.

Et faire descendre dans la rue ses partisans et ceux de son frère Thaksin Shinawatra, ancien Premier ministre en exil renversé par un coup d'Etat en 2006.

Yingluck est ainsi également accusée par la commission anti-corruption de négligence dans le cadre d'un programme controversé d'aide aux riziculteurs.

Aucune date n'a été annoncée pour les décisions, mais les partisans des deux camps, pariant sur des annonces dans les dix prochains jours, ont programmé de nouvelles manifestations pour cette occasion.

- Risque de nouvelles violences -

"Si la Cour condamne la Première ministre et tout son gouvernement, il y aura des troubles", a mis en garde mardi le chef du Puea Thai, Jarupong Ruangsuwan.

La destitution de Yingluck et du gouvernement risquerait d'ouvrir une nouvelle page d'incertitude, en l'absence de Parlement pour nommer un nouveau Premier ministre.

Pour tenter de sortir de cette crise qui a déjà fait au moins 25 morts et des centaines de blessés dans des fusillades ou des attaques à la grenade, de nouvelles législatives ont été programmées pour le 20 juillet.

Mais les manifestants antigouvernementaux ont promis de perturber tout nouveau scrutin.

Et le Parti démocrate, principale formation de l'opposition qui avait boycotté le scrutin de février, a de son côté refusé de soutenir les nouvelles élections.

Son chef, Abhisit Vejjajiva, a appelé samedi le gouvernement à la démission, pour faire place à une administration intérimaire nommée.

Elle superviserait des réformes, avant un référendum sur ces réformes non précisées et des élections dans les six mois.

Les manifestants et l'opposition accusent notamment Yingluck d'être une marionnette de son frère et le clan Shinawatra d'avoir mis en place un système de corruption généralisée.

Depuis le putsch de 2006, la société est profondément divisée entre les masses rurales et urbaines défavorisées du nord et du nord-est, fidèles à Thaksin, et les élites de Bangkok gravitant autour du palais royal, qui le haïsse.

Et le pays est englué dans une série de crises à répétition faisant descendre tour à tour les ennemis et les partisans du milliardaire.

La justice a également joué un rôle important sur cette période, chassant du pouvoir deux Premiers ministres pro-Thaksin en 2008. Et les Chemises rouges fidèles aux Shinawatra ont promis de redescendre dans la rue en cas de nouveau "coup d'Etat judiciaire", faisant craindre de nouvelles violences.

"Mais à ce stade, il est impossible de savoir si les Chemises rouges vont offrir beaucoup de résistance, comme certains de leurs leaders le disent", a noté Michael Montesano, de l'Institut d'Etudes sur l'Asie du sud-est à Singapour.

En 2010, les Rouges avaient occupé le centre de Bangkok pendant deux mois pour déclamer la démission d'Abhisit, alors Premier ministre, avant un assaut de l'armée. La crise avait fait plus de 90 morts et 1.900 blessés.

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