NOUVELLES

Pakistan : raids meurtriers contre les talibans, impasse du processus de paix

20/02/2014 10:42 EST | Actualisé 22/04/2014 05:12 EDT

Des frappes de l'aviation pakistanaise contre des bastions talibans près de la frontière afghane ont fait plus de 30 morts jeudi, au lendemain d'une offre conditionnelle de cessez-le-feu des insurgés pour relancer le processus de paix paralysé par les violences.

Une première série de raids de l'aviation pakistanaise a été menée tôt jeudi contre des camps de talibans dans le secteur de Mir Ali, dans le Waziristan du Nord, une zone tribale du Nord-Ouest du pays considérée comme le foyer de la mouvance jihadiste dans la région, selon des sources sécuritaires.

"Nos rapports confirment la mort de 15 insurgés, incluant des étrangers, lors de ces raids aériens", a déclaré à l'AFP un haut responsable du renseignement pakistanais sous le couvert de l'anonymat.

Un autre responsable a confirmé plus tard qu'au moins 16 Ouzbeks ont également été tués dans le Waziristan du nord.

"Les raids ont été menés avec précision contre des camps des talibans. Une importante cache d'armes et de munitions a aussi été détruite", a ajouté ce responsable.

Le Waziristan du Nord est la zone tribale la plus bombardée depuis une décennie par les drones américains, mais elle est rarement pilonnée par l'aviation pakistanaise.

Des camps d'insurgés dans le district tribal de Khyber, limitrophe de l'Afghanistan, ont aussi été bombardés jeudi par l'aviation pakistanaise, a indiqué une autre source sécuritaire.

- Des raids en représailles -

Ces raids interviennent quelques heures seulement après que les rebelles du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), un regroupement de factions islamistes armées en lutte depuis sept ans contre le gouvernement d'Islamabad, eurent proposé un cessez-le-feu aux autorités pour relancer les pourparlers de paix.

"Nous sommes prêts à un cessez-le-feu si le gouvernement nous assure que nos camarades ne seront pas retrouvés morts dans des sacs, tués dans des opérations ou arrêtés", a déclaré à l'AFP Shahidullah Shahid, porte-parole du TTP.

Les discussions entre les médiateurs du gouvernement et des rebelles sont suspendues depuis lundi, après qu'une faction des talibans eut revendiqué le meurtre de 23 soldats pakistanais enlevés en juin 2010.

Les autorités pakistanaises ont d'ailleurs soutenu jeudi que ces soldats avaient été tués "sur le sol afghan" et protesté auprès du gouvernement de Kaboul, soupçonné de laisser des talibans pakistanais opérer sur son territoire.

Les raids aériens ont quant à eux été menés en "représailles à des attaques récentes des talibans", a déclaré une source sécuritaire pakistanaise. "C'était de l'autodéfense", a renchéri le ministre de l'Intérieur, Chaudhry Nisar.

Malgré ces attaques, "nous allons poursuivre nos efforts pour rétablir la paix", a commenté Ibrahim Khan, membre de l'équipe de négociateurs du TTP.

"Les négociations sont la seule solution. Il n'y en a pas d'autres" pour sortir de la crise, a ajouté M. Khan, des négociateurs ayant estimé cette semaine que des opérations militaires dans les zones tribales allaient aggraver le conflit.

"Les pourparlers sont suspendus, ils ne sont pas terminés", a résumé le ministre Nisar. "Le dialogue n'est toutefois pas compatible avec des actes de violence", a-t-il ajouté.

Depuis la relance, à la surprise générale fin janvier, du processus de paix par le Premier ministre Nawaz Sharif, au moins 93 personnes, incluant des soldats, ont été tuées dans des attentats commis par des talibans au Pakistan, selon un bilan établi par l'AFP.

Cinq personnes ont d'ailleurs été tuées jeudi à Karachi (sud) au cours d'une attaque par des hommes armés inconnus contre la voiture d'un chef local du Parti national Awami (ANP), une formation anti-taliban qui demeure une des cibles privilégiés des insurgés.

Pour faire la paix avec Islamabad, les rebelles islamistes exigent la libération de leurs prisonniers, le retrait de l'armée des zones tribales - un bastion des talibans et d'Al-Qaïda dans le nord-ouest du pays -, et l'imposition dans le pays de leur version radicale de la loi islamique (charia).

Plusieurs de ces demandes étant a priori inacceptables pour le gouvernement et la puissante armée, nombreux sont les observateurs qui estiment le processus de paix voué à l'échec.

bur-gl/sym/gg

PLUS:hp