POLITIQUE

Congrès du parti libéral: Justin Trudeau s'en prend à Pauline Marois

20/02/2014 03:50 EST | Actualisé 22/04/2014 05:12 EDT
CP

MONTRÉAL - Peu avant le probable déclenchement d'élections au Québec, le chef Justin Trudeau s'en est pris au projet de charte «divisif» de la première ministre Pauline Marois dans son discours d'ouverture au congrès du Parti libéral du Canada.

S'adressant à ses militants jeudi soir, en sol québécois, le leader libéral a même qualifié le projet de charte des valeurs d'«inacceptable».

La grande famille libérale du Canada se réunit à partir de jeudi pour une durée de quatre jours à Montréal, lançant le décompte d'un an avant les prochaines élections fédérales.

La rencontre nationale se veut sous le signe de l'unité, notamment afin de faire taire les rumeurs selon lesquelles le désaccord règne au sein de la formation politique. Celles-ci ont été alimentées récemment par la décision surprise de Justin Trudeau d'exclure ses sénateurs du caucus national.

Et voulant se servir de cette grande unité, histoire de bien faire contraste avec les «politiques de peur et de division» des dirigeants québécois mais aussi du Canada, le chef des libéraux a voulu rassurer les citoyens à l'extérieur du Québec:

«Je sais que vous vous inquiétez de la façon dont les divisions sont utilisées ces jours-ci dans cette province. Comment les politiques identitaires génèrent la peur et l'intolérance. Mais n'ayez crainte: cette idée que la diversité est une force n'a jamais été une idée étrangère ici», a dit Justin Trudeau, dont le père est à l'origine de la politique de multiculturalisme canadien.

Au sujet de la charte des valeurs québécoises, il a estimé que «dans une économie riche et prospère, de forcer quelqu'un à choisir entre sa religion et son emploi serait non seulement inacceptable mais carrément inconcevable».

Car pour le chef, les choses se corsent quand les gens n'ont pas de réelle chance dans la vie: c'est à ce moment que la peur et la division prennent racine, a-t-il prévenu.

La charte a suscité des craintes, notamment pour ceux qui tiennent à porter des symboles religieux dans la fonction publique et qui ont peur de perdre leurs emplois.

M. Trudeau avait déjà été très critique envers le projet de charte du gouvernement de Pauline Marois. Jeudi, il a récidivé.

Et à ses concitoyens québécois, il a voulu faire valoir l'attrait du pouvoir: «Je vous dis ceci: nous avons passé trop de temps dans une position de protestation.»

Il avait évoqué cette idée pour séduire l'électorat québécois plus tôt cette semaine, lors du caucus libéral à Québec. Il y avait alors soutenu que le Québec a trop longtemps été absent au sein du gouvernement fédéral et que seul le Parti libéral du Canada est en mesure de corriger cette situation.

Stephen Harper n'a pas été épargné non plus dans le discours, fait dans une immense salle bondée, où des dizaines de personnes ont dû rester debout.

Le règne du chef conservateur a été décrit comme attisant les divisions, adoptant une approche très négative par rapport à la politique, sans apporter de réponses aux préoccupations des Canadiens.

Lors du congrès, les projecteurs seront bien sûr braqués sur le jeune chef charismatique. Aucun ancien leader du parti ne sera présent, sauf Stéphane Dion, qui est toujours député aux Communes.

M. Trudeau veut aussi profiter de la réunion libérale pour présenter son équipe et démontrer qu'il est bien entouré pour gérer le pays.

Plusieurs séances au programme sont axées sur la préparation électorale: mobilisation des militants et développement de la marque libérale, notamment à l'aide de deux stratèges ayant oeuvré à la campagne du président américain Barack Obama.

Le congrès pourrait donner un léger aperçu de certaines politiques qui feront partie de la plateforme électorale des libéraux. La formation et son chef ont été montrés du doigt depuis l'élection de Justin Trudeau à la tête du parti pour son absence de politiques concrètes. Le leader s'est défendu en disant qu'il souhaitait d'abord rencontrer les Canadiens pour écouter leurs préoccupations.

Mais au cours des dernières semaines, le parti s'est positionné comme le défenseur de la classe moyenne et des familles. Dans son discours de jeudi soir, il a exhorté les militants à rester centrés sur leurs problèmes, dont les salaires qui stagnent pendant que l'endettement ne cesse d'augmenter.

Et pour mettre en valeur son image de père de famille, Justin Trudeau a passé un coup de fil sur Skype à son épouse, Sophie, et à leurs deux enfants, pendant son allocution. Celle-ci, sur le point d'accoucher, ne peut être présente au congrès.

«Voilà pourquoi je travaille pour mon pays. On a tous nos raisons. Maintenant, au travail», a-t-il lancé en guise de conclusion à son premier discours à un congrès en tant que chef.

Dans les récents sondages, les libéraux sont en tête et devancent les conservateurs dans les intentions de vote. Près de 3000 militants de partout au pays sont attendus au congrès biennal du Parti libéral.

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