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«J'espère que votre femme et vos frères sont très fiers de vous» - France Charbonneau

20/02/2014 09:15 EST | Actualisé 22/04/2014 05:12 EDT
CEIC

L'entrepreneur Normand Pedneault a critiqué le système de référencement de la CCQ lors de son contre-interrogatoire, tout en décochant quelques flèches aux firmes de génie-conseil. Son témoignage s'est terminé sur des bons mots de la commissaire Charbonneau à son endroit.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

Le témoignage de M. Pedneault est terminé. Il est suivi à la barre par Jean-François Sabourin, enquêteur de la CCQ

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Au terme d'une journée éprouvante, où il a raconté comment ses frères et ses employés ont été « molestés » sur un chantier de construction de la Côte-Nord en novembre 2005, l'entrepreneur Pedneault avait critiqué mercredi le nouveau système de référencement de la main-d'oeuvre mis en place par la Commission de la construction du Québec (CCQ).

L'avocat de l'Association de la construction du Québec (ACQ), Me Pierre Hamel, a procédé avec lui à un exercice didactique sur le fonctionnement de ce nouveau système, mis en place en septembre dernier, dans la foulée de l'adoption de la Loi éliminant le placement syndical.

En vertu du nouveau système de référencement syndical de la CCQ, les entrepreneurs qui veulent obtenir des travailleurs de la construction lui font part de leurs demandes. La CCQ leur envoie ensuite des listes de noms, qui leur ont été fournies par les syndicats concernés. L'allégeance syndicale n'est pas inscrite sur ces listes.

Seulement, dans les 24 h suivantes, l'employeur reçoit de la CCQ les listes fournies par les syndicats.

Avant l'entrée en vigueur de la loi, les employeurs passaient plutôt directement par ces derniers.

Mais pour le témoin, une meilleure façon de procédé serait d'avoir accès à un fichier complet de tous les travailleurs disponibles. Car, par expérience, il juge que les listes fournies par la CCQ ne sont souvent pas appropriées : on y retrouve des noms de gens qui en fait ne sont pas disponibles ou joignables. Il souhaite en fait avoir plus de liberté dans ses choix.

Selon la commission, l'enquêteur Sabourin qui sera appelé à la barre des témoins est un homme qui a rencontré un millier de personnes dans le cadre d'enquêtes pour le compte de la CCQ.

M. Pedneault reconnaît par ailleurs qu'il n'a pas porté plainte à la CCQ pour dénoncer l'agression de ses frères, même si un mécanisme pour ce faire existe, ce qui a étonné la commissaire France Charbonneau.

Cette dernière, tout en reconnaissant son courage en venant témoigner ici, se demande si porter plainte ne serait pas en fait une bonne façon de briser le cycle de la peur sur les chantiers.

« Les municipalités se font baiser » par les firmes de génie

Dans un autre ordre d'idée, M. Pedneault a dénoncé le fait que, trop souvent, les firmes de génie commentent des erreurs dans l'élaboration de plans et devis pour divers travaux exécutés dans des municipalités.

Or, ne déplore-t-il, les villes finissent toujours par devoir payer en argent sonnant pour ces erreurs, jamais les firmes, puisque c'est elles qui ont l'expertise pour justifier les modifications que la réalité des travaux les contraint d'apporter aux plans et devis.

« De façon générale, les municipalités se font baiser », déplore M. Pedneault, qui souhaiterait que les firmes deviennent imputables pour leurs erreurs. Il estime que le système qui règne au ministère des Transports du Québec devrait être transposé dans les municipalités.

Essentiellement, il croit donc que les firmes ne devraient pas pouvoir faire à la fois les plans et la surveillance d'un chantier dans les municipalités.

Lessard a agi, défend l'avocat du PLQ

L'avocat du PLQ Félix Rhéaume a brièvement contre interrogé sur sa rencontre avec le ministre du Travail Laurent Lessard en janvier 2006, en marge d'un congrès de l'ACRGTQ.

M. Pedneault avait affirmé hier qu'il avait alors relaté au ministre l'agression subie sur un chantier à Longue-Rive au mois de novembre précédent, devant son entourage et des membres de l'association.

L'avocat a surtout voulu faire ressortir que le ministre avait agi contre la violence et l'intimidation sur les chantiers puisque, nommé en février 2005, il avait réussi à faire adopté en novembre suivant la loi 135 qui prévoit des sanctions contre des agissements inacceptables. « J'ai simplement dit au ministre que malgré la loi, voici ce qu'il m'est arrivé »...

Des débuts chaotiques

Normand Pedneault, propriétaire de Paul Pedneault Inc, une entreprise de Chicoutimi spécialisé dans la construction de structures, n'a pas été tendre en parlant de la mise en place de ce système mercredi après-midi. Il a cependant plaidé pour son amélioration plutôt que son abolition.

« Quand ça a commencé, c'était le bordel »,a-t-il affirmé, avant d'ajouter : « Faut insister, faut endurer notre pain noir jusqu'au temps que ça fonctionne, parce qu'il faut que ça fonctionne. Sinon, on s'en sortira pas. »

M. Pedneault a illustré son propos en disant qu'à l'heure actuelle. il était mal servi lorsqu'il appelait la CCQ pour obtenir, par exemple, un ouvrier capable de manipuler une machine pour briser du béton, un travail qui est dur physiquement.

« Si je demande par exemple une liste de manœuvres de la construction, on commence par m'envoyer quatre listes de deux pages, c'est-à-dire 60 personnes, qui sont toutes des femmes. Parce que, à l'heure actuelle, faut prioriser les emplois féminins », a déploré M. Pedneault.

« T'es obligé de les appeler pis de dire pourquoi ils ne veulent pas venir. Là, ils te renvoient une autre liste. Finalement, après deux jours, t'as toujours personne. Qu'est-ce que tu fais? », a précisé M. Pedneault. « À l'heure actuelle, on propose des gens à référence, mais c'est plus les critères syndicaux, c'est les critères humains. »

L'entrepreneur soutient que la façon de faire actuelle devrait être changée. « La liste faudrait pas qu'elle soit suggéré par la CCQ, il faudrait que la liste soit disponible sur Internet [...] avec les qualifications, les pedigree des gens, [pour] qu'on puisse, si on les connaît pas, au moins les référencer. »

Il faut, poursuit M. Pedneault, « avoir des choix pis choisir nous autres-mêmes dans la liste et non pas se faire imposer des listes d'après d'autres critères humanitaires, etc, d'égalité des femmes, d'égalité des sexes sur les chantiers. »

« Ça tient pas debout. On n'a pas empiré, mais on n'a pas avancé. [Pour] moi, ça ne fonctionne pas », a-t-il conclu.

M. Pedneault a également dénoncé un autre aspect qu'il juge illogique dans la nouvelle façon de faire. « Généralement, si tu demandes des listes, les critères sont que justement, ils commencent par t'envoyer les gens qui ont jamais été sélectionnés parce qu'ils travaillent pas. Mais si les gens ont pas été sélectionnés c'est parce que les gens les appellent pas! »

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