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Attentat contre le pétrolier Limburg: un Saoudien de Guantanamo plaide coupable

20/02/2014 05:49 EST | Actualisé 22/04/2014 05:12 EDT

Un Saoudien de 39 ans, dont 12 passés en détention à Guantanamo, a plaidé coupable jeudi devant un tribunal militaire américain pour l'attentat à la bombe contre le pétrolier français MV Limburg, commis en 2002 à Aden.

C'est dans la plus ancienne salle du tribunal de Guantanamo qu'Ahmed Mohammed Ahmed Haza Al Darbi a reconnu avoir planifié et aidé à la mise en oeuvre de cet attentat, dans lequel un marin bulgare avait été tué et 12 autres hommes blessés.

Vêtu d'une chemise blanche et d'une cravate vert fluo, le Saoudien, barbe peu fournie et forte corpulence, un casque sur les oreilles pour la traduction en arabe, a été en conséquence condamné notamment pour attaque contre des civils, contre des biens civils, complot et acte de terrorisme.

Il connaîtra sa peine dans "trois ans et six mois", a déclaré le juge militaire, Mark Allred lors d'une audience de deux heures et demie retransmise en quasi-direct sur la base militaire de Fort Meade, près de Washington. Ce délai a été fixé pour lui permettre de "coopérer avec le gouvernement", selon un document judiciaire.

Selon l'accord passé avec les autorités américaines, M. al-Darbi pourrait ensuite être rapatrié en Arabie Saoudite pour y purger un minimum de cinq années supplémentaires, si son comportement est d'ici là jugé coopératif, a expliqué un porte-parole du Pentagone.

"Il purgera probablement entre 9 et 15 années supplémentaires en détention", a déclaré le procureur en chef Mark Martins, dans un communiqué. Mais le gouvernement demandera au jury un minimum de 13 ans de prison, selon un document judiciaire.

Les deux avocats du Saoudien ont qualifié cette conclusion d'"aigre-douce", Ramzi Kassem expliquant, dans un communiqué, que si leur client allait finir par retrouver sa famille, il n'était "l'auteur direct d'aucune attaque ou l'instigateur d'aucun crime".

L'accusé a rappelé à l'audience qu'il était "déjà en détention depuis quatre mois pendant l'attaque" contre le Limburg.

L'attentat a eu lieu le 6 octobre 2002 et al-Darbi avait été capturé en juin 2002, selon des documents militaires dévoilés par WikiLeaks.

- Témoignage contre libération -

Détenu à Guantanamo depuis l'été 2002, M. al-Darbi a été toutefois reconnu "juridiquement responsable" de tous les chefs d'inculpation, pour lesquels il aurait encouru la réclusion criminelle à perpétuité en l'absence d'un plaider coupable.

M. al-Darbi, qui parlait tantôt en arabe, tantôt en anglais, a admis avoir fourni des visas, des embarcations ou d'autres "fournitures nécessaires" à l'attaque contre le Limburg.

Le prisonnier, beau-frère d'un pirate de l'air des attentats du 11 septembre 2001, est en particulier accusé d'avoir rencontré des hauts responsables d'Al-Qaïda et accepté de travailler avec son compatriote Abd al-Rahim al-Nachiri, qui encourt la peine de mort devant un tribunal de Guantanamo pour l'attentat contre le pétrolier français mais aussi pour celui contre le navire américain USS Cole, qui avait fait 17 morts en 2000 au Yémen.

Même s'il n'a pas été explicitement mentionné, son témoignage contre M. al-Nachiri est attendu en contrepartie de sa remise en liberté anticipée. Il sera d'ailleurs toujours en détention quand le procès de M. al-Nachiri s'ouvrira à Guantanamo, probablement en septembre prochain.

Aux termes de l'accord de plaider-coupable, cet ex-membre d'Al-Qaïda a promis de "coopérer pleinement et fidèlement avec le gouvernement" au travers d'informations "complètes et exactes", de dépositions et de témoignages, quitte à être "interrogé hors de la présence de son avocat".

Il a également levé ses droits de faire appel de sa condamnation mais aussi de contester sa capture ou sa détention devant les tribunaux.

Sur les 779 détenus passés à Guantanamo, il s'agit du 8e homme à être condamné en 12 ans, le 6e à plaider coupable. Mais les condamnations de ces hommes sont une à une contestées devant la justice américaine.

Le général Martins s'est félicité de cette issue, à porter au crédit en particulier du "rôle pivot" avec l'Arabie Saoudite de l'émissaire spécial du département d'Etat Cliff Sloan, chargé de fermer la prison de Guantanamo, comme le président Obama en a fait le voeu.

chv/bdx

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