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Émeute de Rexton : Des sources proches des manifestants auraient été des informateurs pour la GRC

19/02/2014 03:49 EST | Actualisé 20/04/2014 05:12 EDT

Un document juridique obtenu par Radio-Canada démontre que la GRC affirme avoir utilisé des informateurs proches des manifestants pour faire la lumière sur l'émeute survenue le 17 octobre 2013, au Nouveau-Brunswick.

Dans sa dénonciation en vue d'obtenir une ordonnance de production, la GRC explique aussi qu'elle n'a toujours pas porté d'accusations contre les personnes qui auraient mis le feu aux six véhicules de patrouille de la GRC.

C'est d'ailleurs pourquoi elle a déposé une requête mercredi à la Cour provinciale de Moncton, afin d'obtenir les images des médias présents sur les lieux, ce que la juge Horseman a accordé. La dénonciation soutenant la requête a donc été rendue publique avec certaines parties caviardées.

Le document explique la position de la GRC quant aux événements du 17 octobre, qui ont entraîné un vaste mouvement de soutien envers les manifestants anti-gaz de schiste à travers le pays.

Les allégations contenues dans le document de 90 pages n'ont pas été contredites en cour.

Scissions dans le mouvement anti-gaz de schiste

Selon la GRC, c'est en juin que le mouvement anti-gaz de schiste, du moins en partie, se serait radicalisé.

Des informateurs, dont l'identité a été masquée, auraient averti la GRC que des factions se formaient au sein du mouvement anti-gaz de schiste et que le niveau d'hostilité augmentait.

Un groupe s'identifiant comme étant les « Warriors » auraient commencé à faire du recrutement et à amasser des armes et de l'argent. Selon l'analyse de la GRC, c'est l'arrivée de membres « Warriors » de la Nouvelle-Écosse, six hommes et deux femmes, qui marque le début d'actes de violence plus sérieux.

La gendarmerie affirme que ces nouveaux visages sont apparus au site du campement à Rexton, sur le bord de la route 134 vers le 20 juin. C'est à ce moment que des infractions criminelles plus graves commencent à être perpétrées, selon elle.

Les 24 et 25 juin, des gardes de sécurité embauchés par SWN Resources auraient été expulsés de leur lieu de travail par des manifestants. La GRC explique que quelques heures plus tard, un engin de forage de l'entreprise a été complètement détruit par les flammes, une perte évaluée à 375 000$.

Les violences ont finalement culminé le 17 octobre 2013.

Le 17 octobre 2013 vu par la GRC 

Ce jour-là, vers 7h20, la GRC exécute l'ordonnance d'injonction obtenue par SWN Resources, l'entreprise qui menait des tests sismiques dans la région de Rexton.

Au moment de se mettre en position pour intervenir, les agents racontent avoir rencontré des individus en tenue de camouflage. Des agents disent qu'ils les ont entendus dire : « Allons-y, c'est le temps » et  « On va le faire » (traduction libre). Quelques instants plus tard, des agents auraient été attaqués par des cocktails Molotov.

Pendant ce temps, au site du campement, le document allègue que des gens ont sorti des armes d'un camion rouge Pontiac Grand-Am, qui aura aussi contenu des engins explosifs improvisés et environ 400 munitions. Peu de temps après, un homme aurait pointé une carabine en direction des policiers.

Vers 10 h, la GRC aurait répété à quatre reprises, à l'aide d'un système de sonorisation portatif, que si les manifestants continuaient a bloqué le trafic, il y aurait des arrestations, en vertu de l'injonction.

Plus tard dans la journée, vers 13 h, des policiers à bord d'un véhicule ont tenté d'aller chercher les voitures de police derrière les barricades. Des manifestants les en auraient empêchés en donnant des coups sur leur voiture. Craignant pour leur sécurité, les agents auraient alors fait demi-tour.

Quelques minutes plus tard, six véhicules de patrouille de la GRC, dont certains banalisés, étaient en feu. Des pompiers auraient tenté d'aller éteindre les flammes, mais les manifestants leur auraient bloqué l'accès au site.

On apprend que près de 300 agents de la police ont participé à l'intervention du 17 octobre.

Besoin de preuves

La GRC n'a toujours pas identifié avec certitude les auteurs de l'incendie criminel. Aucune accusation n'a été portée à ce sujet.

Une caméra de la GRC a pris des images du haut des airs qui permettent d'identifier deux suspects qui auraient mis le feu à trois véhicules, et dont l'identité est caviardée.

Cependant, la GRC considère ne pas avoir suffisamment de preuves, notamment pour déterminer qui a mis le feu aux trois autres véhicules. C'est pourquoi la GRC a demandé à la cour de forcer les médias présents sur les lieux à lui remettre leurs images.

La police dit avoir épuisé toutes les autres sources possibles de renseignements.

La GRC a mis la main sur de nombreuses vidéos et photos publiées sur les médias sociaux, comme Facebook, et sur YouTube. Une équipe multimédia de la police a analysé 1665 vidéos et 1300 photos.

La gendarmerie a aussi bénéficié de l'aide de quatre informateurs confidentiels pour mener son enquête.

Trois d'entre eux ont reçu de l'argent pour fournir des renseignements. Le montant n'a pas été divulgué. Les quatre ont dit avoir des motifs financiers pour collaborer avec la police, et un seul a affirmé avoir également des raisons éthiques. 

Ses informateurs ont notamment aidé la police à identifier des possibles témoins ou suspects liés à l'incendie des véhicules de police.

En janvier, la GRC a questionné une douzaine de témoins potentiels, dont l'identité n'est pas révélée. Plus de la moitié d'entre eux n'ont pas voulu collaborer avec elle. L'un d'eux a dit avoir peur des représailles. L'homme aurait affirmé avoir reçu des menaces sur Facebook après avoir collaboré avec la GRC dans le passé, au sujet des manifestations anti-gaz de schiste.

Un reportage de Marilyn Marceau

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