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L'ouest de l'Ukraine échappe au contrôle de Kiev

19/02/2014 12:03 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

Les opposants ukrainiens ont proclamé mercredi l'autonomie de la ville de Lviv, dans l'ouest de l'Ukraine, après une nuit de violence durant laquelle des manifestants se sont emparés des bâtiments publics et ont contraint la police à se rendre.

L'assemblée régionale de Lviv, une ville de 750 000 habitants dans une région qui en compte 2,5 millions, a diffusé un communiqué dénonçant la « guerre ouverte » lancée par le gouvernement du président Viktor Ianoukovitch contre les manifestants de Kiev et annonçant qu'elle assumerait désormais localement le pouvoir exécutif.

« Le parlement prend sur lui-même la responsabilité de l'avenir de cette région et de son peuple », a-t-elle dit.

Cette proclamation de Lviv, un bastion du nationalisme ukrainien proche de la frontière avec la Pologne, renforce la possibilité parfois évoquée d'une partition de l'ancienne république soviétique entre l'ouest ukrainophone et l'est russophone.

D'après la Pologne, des Ukrainiens bloquaient également le poste-frontière de Korczowa, près de Lviv, et, selon les médias locaux, des bâtiments publics ont été envahis par des opposants dans d'autres villes d'Ukraine occidentale, à Khmelnitski, Ivano-Frankivsk, Oujorod et Ternopil.

Pendant la nuit, au moment où, à 500 km de là, des manifestants affrontaient la police sur la place de l'Indépendance à Kiev (des heurts dont le dernier bilan est de 26 morts), des centaines d'habitants de Lviv ont pris part à des manifestations dans une atmosphère chaotique.

Des jeunes gens cagoulés se sont emparés du siège de l'administration dépendant du pouvoir central et ont contraint les forces du ministère de l'Intérieur à évacuer les lieux.

« Nous sommes les plus forts »

Dès la fin de l'après-midi, le centre historique de la ville avait été envahi par des groupes de manifestants violents qui ont dressé des barricades autour d'une caserne de police en réclamant la reddition des policiers.

Ceux-ci sont sortis les mains sur la tête et ont été dépouillés de leurs gilets pare-balles.

La caserne a été incendiée, de même que le bureau du Service de la sécurité d'État (SBU) et les locaux du procureur d'État.

Des émeutiers ont jeté des documents à travers les fenêtres brisées. Des voitures carbonisées gisaient au milieu des rues.

« Nous sommes les citoyens de Lviv », criait la foule. « Nous sommes les plus forts. »

Bien que de nombreux dirigeants ukrainiens, qu'ils soient liés au pouvoir ou à l'opposition, minimisent les tensions culturelles et linguistiques en Ukraine, l'est et l'ouest du pays offrent des contrastes marqués.

L'architecture baroque et néoclassique de Lviv rappelle son passé de capitale régionale au sein de l'empire autrichien des Habsbourg. La ville est par la suite devenue polonaise pendant l'entre-deux-guerres.

Par contraste, les villes industrielles dans les bassins houillers et sidérurgiques de l'Est reflètent l'influence soviétique.

Dans cette partie orientale historiquement dominée par les tsars de Russie, les habitants optent généralement pour le russe plutôt que l'ukrainien comme première langue et restent favorables à des liens étroits avec Moscou. Ils forment la base électorale de Viktor Ianoukovitch.

À l'ouest, les Ukrainiens plus désireux d'un rapprochement avec l'Union européenne accusent le chef de l'État d'être une marionnette du Kremlin et de superviser une entreprise de corruption à grande échelle.

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