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L'industriel français Serge Dassault en garde à vue pour des soupçons de fraude électorale

19/02/2014 06:11 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

L'avionneur et milliardaire français Serge Dassault, père du Rafale, a été mis en garde à vue mercredi dans une affaire d'achats présumés de voix qui avait mis en lumière sa gestion d'une ville de la banlieue parisienne.

Sa garde à vue a été levée mercredi soir pour la nuit et reprendra jeudi, a indiqué à l'AFP une source judiciaire.

L'industriel, âgé de 88 ans, a été entendu toute la journée mercredi dans les locaux de l'Office central contre la corruption et les infractions financières et fiscales à la direction centrale de la police judiciaire à Nanterre, près de Paris.

M. Dassault, propriétaire du quotidien conservateur Le Figaro, est soupçonné d'avoir utilisé sa fortune pour assurer sa réélection à Corbeil-Essonnes, municipalité proche de Paris dont il a été maire de 1995 à 2009.

Sénateur de droite UMP (Union pour un mouvement populaire, opposition), il a perdu le 12 février son immunité parlementaire, réclamée depuis plusieurs mois par la justice, ouvrant ainsi la voie à une garde à vue. Ce n'est qu'après leur seconde demande que les juges parisiens avaient obtenu la levée de l'immunité de cet homme influent, héritier d'une famille industrielle avec ses avions de combat Mirage et Rafale.

"Même si cette levée d'immunité provoque mon placement en garde à vue, je suis prêt à affronter cette épreuve", avait réagi M. Dassault, dont le groupe aéronautique commercialise aussi les avions d'affaires Falcon.

"Je pourrai démontrer ma totale innocence de ces soi-disant achats de votes, accusations inventées de toutes pièces par certains de mes adversaires politiques", avait-il ajouté.

Les juges d'instruction du pôle financier de Paris enquêtent depuis mars sur un système présumé d'achat de voix, lors des élections municipales de 2008, 2009 et 2010 à Corbeil-Essonne. Le scrutin de 2008, remporté par M. Dassault, avait été annulé par le Conseil d'Etat pour des dons d'argent du milliardaire à des électeurs. La plus haute juridiction administrative ne s'était pas prononcée sur l'ampleur de ces dons.

- Mouvements de fonds -

Les magistrats soupçonnent que le système s'est perpétué avec Jean-Pierre Bechter, l'homme que l'industriel avait choisi pour lui succéder à la tête de la ville. Jean-Pierre Bechter et deux autres personnes ont déjà été inculpés. L'un d'eux, Younès Bounouara, 41 ans, un relais de l'industriel dans les cités populaires de Corbeil, est détenu pour une tentative d'assassinat en lien avec le dossier.

Les juges se penchent notamment sur des mouvements de fonds entre la France et le Liban, de l'ordre de 18 millions d'euros, qui auraient pu servir à l'achat frauduleux de voix.

Mi-septembre, les avocats de M. Dassault avaient affirmé que leur client était "l'objet, depuis plusieurs années, de demandes pressantes de remise d'argent par divers individus qui avaient été informés de sa générosité". Il lui est arrivé "d'accorder un soutien financier, mais toujours en dehors de toute démarche électorale", avaient-ils assuré.

Né le 4 avril 1925, Serge Dassault fait partie d'une dynastie qui a marqué la vie politique et économique française depuis plus de 60 ans et qui est courtisée par tous les gouvernements, qu'ils soient de droite ou de gauche.

Il a bâti sa carrière dans les pas de son père Marcel Bloch-Dassault, grand avionneur militaire, lui aussi patron de presse et homme politique, ancien déporté et surtout génial ingénieur des Ouragan, Mystère IV et Mirage.

A son décès en 1986, Serge Dassault avait repris les commandes du groupe de son père. Diplômé de la grande école d'ingénieurs Polytechnique, il s'impose comme industriel et commercial, courant la planète pour vanter les avions de combat Mirage et Rafale. Ce qui lui a valu des déboires avec la justice belge : celle-ci l'a condamné en 1998 à deux ans de prison avec sursis pour corruption active de dirigeants socialistes belges dans le cadre d'un marché de modernisation d'avions de combat F-16 de l'armée belge.

Le magazine Forbes classe Serge Dassault au quatrième rang des personnalités les plus riches en France et à la 69e place dans le monde, avec une fortune estimée à 13 milliards d'euros.

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