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Génocide rwandais: un témoin du procès de Paris dit avoir été torturé par l'accusé

19/02/2014 01:19 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

"Je l'ai connu quand j'étais dans ses cachots (...) torturé d'abord par ses hommes, après par lui personnellement." Un témoin a dénoncé mercredi les sévices qu'aurait commis Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France en lien avec le génocide, qui n'est pas poursuivi pour ces faits.

Samuel Nshimiyimana, dit Sam Gody, était au début des années 1990 journaliste dans diverses publications rwandaises d'opposition. Le 6 janvier 1992, il est arrêté par trois hommes en civil et emmené dans les locaux du Service central de renseignement à Kigali, dans l'enceinte de la présidence, là où travaillait le capitaine Simbikangwa.

"J'ai été emprisonné chez lui après un article qui le nommait comme membre d'une organisation criminelle qu'on appelait les escadrons de la mort", raconte le témoin. Trois hommes, qu'il n'a pu identifier, "m'ont bandé les yeux avec un bandeau trempé dans du piment. Ils ont commencé à me frapper très fort avec une matraque sur les pieds. Je me suis évanoui".

"Le lendemain, ils m'ont emmené chez lui", poursuit-il, se tournant vers le box. "Il était assis dans sa chaise roulante (l'accusé est paraplégique depuis un accident en 1986), il m'a fait mettre les pieds sur la table, mais ne m'a pas frappé tout de suite. Il m'a posé des questions puis m'a montré une caricature du président (Juvénal) Habyarimana en soutane et un militaire en chaise roulante. Il m'a demandé +qui c'est?+. Il s'est acharné, m'a frappé les pieds je ne sais pas combien de minutes, mes pieds c'était des lambeaux, presque de la viande."

Le témoin sera libéré en échange de l'engagement de ne plus écrire sur le capitaine Simbikangwa. "Evidemment, sitôt dehors j'ai écrit un autre article pour raconter mon expérience."

Mais pourquoi n'avoir pas porté plainte, demande Olivier Leurent, le président de la cour d'assises de Paris devant laquelle Pascal Simbikangwa est jugé et risque la perpétuité pour complicité de génocide. "C'était quelqu'un au dessus des lois", répond Sam Gody.

Le président relève une série de différences entre ses déclarations aux gendarmes français dans le cadre de l'instruction en 2010 et celles à une équipe d'enquêteurs de Reporters sans frontières (RSF) en août 1993. Les enquêteurs français ne s'intéressaient qu'à Simbikangwa et RSF posait bien plus de questions, répond le témoin.

Enfin, que pense-t-il des affirmations de l'accusé selon qui les témoins rwandais ont peur ou sont manipulés par le régime issu de la rébellion tutsi du Front patriotique rwandais (FPR) dont la victoire mit fin au génocide en juillet 1994? "Je n'étais ni sympathisant ni membre du FPR. Je n'étais pas d'accord avec la direction du pays mais je n'étais pas d'accord avec ceux qui massacrent, qui disent amener la démocratie au bout des kalachnikov".

- Médaille des Justes -

Après ses avocats, qui reviennent sur "les incohérences nombreuses" relevées par le président, la parole est à l'accusé: "Mesdames et Messieurs les jurés, ce qui est excessif est insignifiant. Le monsieur est venu ici pour une affaire que l'accusation n'a pas retenue."

Le président rappelle que les faits ont été jugés prescrits, mais que le témoin a été cité par l'accusation "pour éclairer votre parcours".

"Est-ce que cet individu a apporté quelque chose à part ses propres mots?, reprend Pascal Simbikangwa. Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose, semez la confusion. Ils ne veulent voir aucun innocent. Mais il y a eu 200.000 rescapés, on ne parle jamais de ceux qui les ont sauvés."

"Vous nous expliquez que vous devriez avoir la médaille des Justes?", demande le président, dont la défense dénonce vigoureusement "l'ironie".

"Monsieur Simbikangwa, vous savez ce qu'on célèbre le 2 février au Rwanda?", interroge Me Domitille Philippart, avocate du Collectif des parties civiles.

"Ca fait 20 ans que je suis dans la nature, je ne sais pas ce qu'on fait aujourd'hui."

"On célèbre les Justes."

"J'en fait partie?"

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